Certaines dermatoses tropicales sont bien connues et facilement reconnues, comme en témoignent les bonnes réponses aux quiz des participants au forum de médecin générale, qui a lieu chaque année dans le cadre du congrès de la SFD.
C’est le cas de la larva migrans, parasitose cutanée secondaire à la migration d’une larve de nématode. La contamination se fait par contact cutané via les déjections de chiens et de chats sur le sol, notamment sur les plages tropicales. L’absence de voyage récent dans une zone à risque ne doit pas faire éliminer le diagnostic, car de (rares) cas autochtones sont rapportés en France, notamment en Bretagne.
La clinique est caractéristique : lésion cutanée très prurigineuse suivant un trajet serpigineux qui progresse de quelques millimètres par jour. La folliculite ankylostomienne, qui touche principalement les fesses, représente une autre forme clinique moins fréquente. Dans les deux cas, le diagnostic est clinique. Il ne faut pas faire d’extraction chirurgicale de la larve mais traiter par de l’ivermectine (200 µg/kg en prise unique) ou de l’albendazole (400 mg en une prise par jour pendant 1 à 3 jours), en association à des soins locaux pour éviter la surinfection.
Le médecin traitant joue un rôle important en rappelant les mesures de prévention : ne pas marcher pieds nus sur les plages fréquentées par les animaux mais plutôt s’allonger sur le sable mouillé (et donc nettoyé par la marée) ou sur un matelas. La simple serviette ou le paréo ne suffit pas.
Le médecin traitant joue un rôle important en rappelant les mesures de prévention
Autre parasitose cutanée, due cette fois à une infestation par des trématodes (schistosomes) lors de baignades en eau douce : la bilharziose. La forme cutanée se manifeste initialement par une éruption maculopapuleuse, parfois urticarienne, qui disparaît en quelques jours. La forme cutanée chronique, réaction granulomateuse contre les œufs situés dans le derme, survient plusieurs mois après l’infestation. La principale forme extra-cutanée est urinaire, se traduisant par une hématurie. Le diagnostic est confirmé par sérologie, examen direct cutanée ou histologie. Il ne faut pas traiter pendant la phase aiguë, mais pendant la phase chronique (praziquantel en prise unique à une posologie variant selon l’espèce en cause). La prévention repose sur l’éviction des baignades dans les zones à risque, généralement bien connues des habitants locaux.
La tungose, ou puce chique
Contrairement à ces deux premières pathologies dermatologiques, la tungose, pourtant très fréquente dans certains pays d’Amérique du Sud, est moins connue des praticiens de métropole. Cette parasitose due à une puce chique (Tunga penetrans) se localise dans la grande majorité des cas sur les pieds au niveau péri- ou sous-unguéal. Il s’agit d’une véritable infestation parasitaire, au cours de laquelle la femelle fécondée s’enfouit dans l’épiderme où elle pond ses œufs. Le principal facteur de risque est la marche pieds nus sur de la terre ou sur du sable, ce qui est le cas pour les voyageurs mal informés qui se promènent sur certaines plages, elles aussi généralement bien connues des locaux. Si les premiers signes de tungose, à type d’irritation, apparaissent généralement 24 à 48 heures après la pénétration de la puce, cette infection se caractérise par l’apparition d’une petite papule blanchâtre avec un point noir central, qui correspond à l’extrémité postérieure de la puce (plusieurs lésions sont possibles). Le traitement se fonde sur l’extraction chirurgicale de la puce, complétée par des antiseptiques locaux (et vaccination antitétanique).
Un « furoncle » qui bouge
Autre pathologie à connaître : la myiase cutanée, infestation cutanée due aux larves de certaines espèces de mouches et qui se manifeste par l’apparition d’un papulo-nodule douloureux centré par un orifice avec une sensation de mouvement rapporté par le patient. Dans la forme américaine (infestation via des moustiques), la lésion est classiquement unique sur une zone découverte ; dans la forme africaine (contamination par des vêtements séchés à l’extérieur et non repassés), elle est plutôt à type de lésions multiples dans des zones couvertes. Elle peut être confondue avec un furoncle ou une furonculose. Le traitement fait appel à l’extraction chirurgicale (+ contrôle vaccination antitétanique). La prévention repose sur la protection antivectorielle et le repassage.
La leishmaniose cutanée est une parasitose cutanée liée à un protozoaire du genre Leishmania, transmis par des phlébotomes dont on distingue deux formes, celle de « l’ancien monde » (Maghreb, Moyen-Orient) et celle du « nouveau monde » (Amérique du Sud surtout). La lésion cutanée initiale prend la forme d’une papule au site de piqûre (survenant après plusieurs semaines) avec infiltration secondaire à limites nettes. Dans la forme de l’ancien monde, l’évolution peut se faire vers des plaques hyperkératosiques ou verruqueuses, avec guérison spontanée possible, tandis que la forme du nouveau monde évolue plutôt vers des atteintes cutanéomuqueuses. Les cas autochtones sont plutôt à type de formes viscérales. Le diagnostic est fait par PCR sur biopsie ou frottis lésionnel, qui permet d’identifier l’espèce et de guider un éventuel traitement.
D’après la communication du Dr Romain Salle, Paris
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