Les dernières recommandations françaises sur la dermatite atopique (DA) dataient de 2004. Depuis, l’arsenal thérapeutique a été révolutionné par l’arrivée des biothérapies, avec la première du genre, le dupilumab, en 2017. Les recommandations européennes, publiées en 2022, ne prennent pas en compte la littérature des cinq dernières années et ne sont pas toujours applicables en France. Autant d’arguments qui ont conduit le Groupe de recherche sur l’eczéma atopique (Great) et le centre de preuves (CDP) en dermatologie de la SFD à proposer de nouvelles recommandations, accessibles librement sur son site.
Des mesures globales
Ces recommandations mettent l’accent sur la nécessité d’une prise en charge globale des patients (retentissement multidimensionnel de la DA, éviction du tabagisme parental et des vêtements irritants, programme d’éducation thérapeutique éventuel, recherche des comorbidités atopiques), avec des mesures qui doivent s’appliquer à tous :
• usage quotidien d’émollients et respect de mesures d’hygiène (bains et/ou douches courtes et tièdes, produits lavants sans allergène ni irritants) ;
• diversification alimentaire à partir de 4 mois, sans éviction préventive ni régimes alimentaires systématiques ;
• pas de bilan allergologique alimentaire systématique.
L’impact sur la vie de la famille doit être évalué, en s’aidant si besoin du score DFI (Dermatitis Family Impact), pouvant conduire à la mise en place d’une aide psychologique. La corticophobie est un sujet qui doit être abordé dès la première consultation.
Les experts rappellent que, chez les nourrissons, les enfants et les adultes, le traitement des poussées se fonde sur les dermocorticoïdes (DC) de classe forte sur le corps et de classe modérée sur le visage jusqu’à disparition des lésions, sans décroissance progressive. Un wet wrapping (enveloppement humide) peut être proposé chez les enfants et les adultes en cas de nécessité d’optimisation des soins locaux. Les inhibiteurs de la calcineurine topiques sont utilisés chez les enfants et les adultes sur les zones à risque d’atrophie (visage, plis, région anogénitale).
La dose de produit topique se calcule en « unité phalangette », une unité (phalange adulte) permettant de traiter une zone équivalente à la surface de deux paumes de main adultes.
Un traitement proactif est préconisé en cas de récidives fréquentes : une application deux jours par semaine de DC ou d’inhibiteurs de calcineurine selon les cas.
En cas d’impétiginisation, le traitement topique peut être poursuivi, sous réserve d’une antibiothérapie locale ou systémique. Le traitement topique doit en revanche être suspendu en cas d’eczéma herpeticum, au moins 48 heures après la mise en place (avant les résultats de la PCR) du traitement antiviral systémique.
Traitement systémique et DMP
Les experts suggèrent qu’un traitement systémique soit instauré, dans le cadre d’une décision médicale partagée (DMP) avec le patient, si la DA est mal contrôlée malgré un traitement local adapté ou si ce dernier ne peut être suivi, ou si la quantité de DC forts nécessaire au contrôle de la maladie est de plus de 4 tubes (30 g) par mois chez l’adulte.
Ils positionnent en première ligne la ciclosporine, les biothérapies et les inhibiteurs de JAK (en tenant compte des recommandations de l’ANSM de 2023), selon un classement par ordre alphabétique. Les discussions sont en cours pour le remboursement.
D’après la communication du Pr Marie-Sylvie Doutre, Bordeaux
Article précédent
Dermatoses tropicales : prévenir et reconnaître
Article suivant
Vous avez dit allergie à la pénicilline ?
Psoriasis : une rémission pour 60 % à 80 % des patients ayant une forme sévère
Dermatoses tropicales : prévenir et reconnaître
Dermatite atopique : des recos en attendant les remboursements
Vous avez dit allergie à la pénicilline ?
Du nouveau dans le prurigo nodulaire
À l’affiche des JDP 2025
Dr Vincent Pradeau (Avenir Spé) : « Les spécialistes libéraux sont mobilisés et remontés comme jamais ! »
Le pilotage de précision des grossesses sous immunosuppresseurs
Sarcoïdose : souvent thoracique, mais pas que
Savoir évoquer une dermatose neutrophilique