Il y a 50 ans, l'idée d'obtenir in vitro un embryon humain et de pouvoir ainsi traiter de nombreuses formes d’infertilité n’était pas à l’ordre du jour en dehors du projet de quelques pionniers : Gregory Pincus, John Rock et Miriam Menkin pour les années 1940, Howard et Georgeanna Jones pour les années 1970 et surtout Patrick Steptoe, compagnon de Robert Edwards, pour les années 1980 avec la naissance de Louise Brown. Aujourd’hui, plusieurs millions d'enfants sont nés grâce à ces techniques, qui ne cessent de se développer (congélation de gamètes et d'embryons, diagnostic pré-implantatoire en particulier).
Pourtant, beaucoup de questions se posent. Le pourcentage d'échecs reste élevé, nécessitant de mettre en œuvre des programmes de recherche afin de comprendre les mécanismes responsables. La population infertile est touchée par le recul de l'âge du désir d’enfant. Ce phénomène est responsable de l'augmentation du recours à un tiers du fait de l'épuisement des capacités physiologiques (don de sperme, d’ovules, d’embryons, mères porteuses). La France, qui a encadré ces pratiques en s'opposant à une commercialisation excessive, a du mal à répondre à la demande. Et ce, d’autant que les indications de la FIV, médicales (homme et femme) au cours des premières années, sont devenues sociétales (femme seule ou en couple, homosexuel). Ce phénomène est mondial, tout comme l'est la forte baisse de la natalité dans des pays comme le Japon, la Russie et ceux de l'Europe, y compris la France, jusque-là préservée.
Devant cet alignement négatif des étoiles, la tentation est forte de rechercher un enfant à tout prix : femmes et hommes aux aspirations irresponsables, confrères qui n'arrivent plus à conseiller mais se sentent obligés d'exécuter la demande quelle qu’elle soit, presse people qui adore le sensationnel et alimente sans retenue le « tout est possible ». En parallèle, se développent de nouvelles avancées scientifiques : la création de néogamètes, l'utérus artificiel, la deep génétique embryonnaire, l'embryon synthétique, etc. Plus que jamais, il nous faut améliorer l’existant dans la prévention et le traitement de l'infertilité et en même temps définir les éventuelles limites qui s'imposent ; non parce que c'est techniquement impossible, mais parce que ce n’est pas éthiquement souhaitable. Vaste programme !
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