Créé en 1971, le système conventionnel reposait sur un équilibre entre l'accès aux soins pour les patients et la rémunération équitable des médecins libéraux. Pendant des années, cela a bien fonctionné. Cependant, dès les années 1980, les contraintes économiques ont conduit à une intervention croissante de l'État. En 2004, les négociations ont été placées sous la direction d'un directeur de l'Assurance-maladie nommé par le gouvernement, reléguant à un simple rôle de surveillance le président de la Caisse, pourtant désigné par les partenaires sociaux. Depuis 1995, le budget de la Sécu est fixé par la loi. L’équilibre des lois Sécu repose sur l'Ondam pour contenir les dépenses de santé. Cet objectif, imposé par Bercy, est déconnecté des besoins médicaux réels, de l'évolution de l'épidémiologie et des avancées médicales. Il entraîne des mesures de plus en plus contraignantes pour la médecine de ville, avec des conséquences dévastatrices pour notre pays.
La haute administration a rivalisé d’idées funestes. La réduction du nombre de médecins avec la prime à l’arrachage et l’instauration du numerus clausus a fait le lit des déserts médicaux. Dévoyée, la maîtrise dite médicalisée, censée être incitative, a conduit à la dévalorisation des actes médicaux. Et chaque budget de la Sécu impose son lot de contraintes. Faute de volonté politique ou par faiblesse, les gouvernements successifs ont évité le débat démocratique sur le financement de la santé. Leur tactique s’est limitée à celle du rabot. Ils ont sapé le système conventionnel et favorisé la fragmentation syndicale. Cette politique a un coût élevé. Sans perspectives économiques, les médecins libéraux ne peuvent guère investir dans leurs cabinets. Ils ont compris que les incitations financières s'accompagnent de contraintes qui freinent leurs initiatives. On ne peut pas courir vite et loin avec des semelles de plomb.
Article précédent
Pr Agnès Buzyn, ancienne ministre des Solidarités et de la Santé : « Concevoir la santé comme un bien public mondial »
Article suivant
Frédéric Valletoux, député Horizons, ancien patron de la FHF : « Une crise de sens s'est installée chez les soignants »
Pr Sébastien Czernichow, médecin nutritionniste (AP-HP) : « La médecine de l’obésité, c'est une révolution des pratiques en nutrition »
Pr Michel Tsimaratos, directeur scientifique à l'Agence de la biomédecine : « 10 000, c'est aussi le nombre de personnes qui attendent aujourd'hui une greffe d'organe »
Pr Agnès Buzyn, ancienne ministre des Solidarités et de la Santé : « Concevoir la santé comme un bien public mondial »
Dr Michel Chassang, président de la CSMF de 2002 à 2013 : « La haute administration a rivalisé d’idées funestes »
Frédéric Valletoux, député Horizons, ancien patron de la FHF : « Une crise de sens s'est installée chez les soignants »
Dr Claude Pigement, ancien responsable santé au Parti socialiste, ex-vice-président de l'ANSM : « La difficile maturation des réformes sanitaires »
Dr François Braun, ancien ministre de la Santé et de la Prévention : « Mieux organiser les soins non programmés »
Laurence Comte-Arassus, présidente du Snitem : « L’innovation, une constante depuis 50 ans »
Aurélien Rousseau, ministre de la Santé et de la Prévention : « Parmi les nombreux défis à relever, le principal est sûrement celui de la confiance »
Pr Jean-François Delfraissy, immunologiste spécialiste du VIH : « La frontière entre maladies transmissibles et chroniques doit progressivement disparaître »
Dr Gaétan Casanova, ancien président de l'Intersyndicale nationale des internes (Isni) : « Au vide a succédé la gesticulation »
Pr Fabrice Barlesi, directeur général de Gustave-Roussy : « Les progrès accomplis en oncologie renforcent la détermination de guérir le cancer au XXIe siècle »
Pr Lionel Collet, président de la Haute Autorité de santé : « Je retiens le nombre de maladies totalement incurables qui ont des réponses aujourd’hui »
Dr Anne Geffroy-Wernet, présidente du Snphare : « Il y a urgence à restaurer l'attractivité des PH »
Pr René Frydman, gynécologue-obstétricien, pionnier de l'AMP en France : « Améliorer le traitement de l'infertilité et définir les limites éthiques qui s'imposent »
Gérard Raymond, président de France Assos Santé : « La plus grande découverte du XXIe siècle, c’est le patient »
Pr Alain Fischer, immunologiste pédiatrique et chercheur, père des bébés-bulle : « L'accessibilité de la thérapie génique doit faire l'objet de la plus grande attention »
C’est vous qui le dites
« De toutes les formes possibles de régulation, ils ont décidé de voter la plus idiote »
Histoire des revues scientifiques : grandeur et décadence
Régulation de l’installation : une fausse bonne idée
Aptitude physique