« Oui, il y a un problème de mal-être des étudiants en santé. Il est temps d’intervenir pour les étudiants, les soignants et les patients » : le constat du Dr Donata Marra est clair. La psychiatre était chargée par Agnès Buzyn et Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur, d’identifier dans un rapport les risques auxquels ces étudiants sont confrontés et de proposer des solutions. Elle a formulé 12 propositions dont se sont inspirés les deux ministres pour rédiger 15 engagements.
Mmes Vidal et Buzyn ont présenté des mesures à effet rapide et d'autres s’inscrivant à moyen et long termes. Dans l'immédiat, l’objectif est de permettre à l’étudiant « de répondre à la question : concrètement comment je fais ? Qu’il sache vers qui se tourner », a expliqué la ministre de la Santé. Les risques psychosociaux et la lutte contre le harcèlement et le sexisme représentent un chantier prioritaire. Toutes les universités devront donc accompagner les victimes de violence, et proposer une structure d’accompagnement ouvert à tous les étudiants et garantissant la confidentialité pour faciliter notamment le dépistage des risques psychosociaux et l’obtention d’avis psychiatrique. Un module transversal sur les risques psychosociaux et la gestion du stress sera intégré à la formation. Les services de santé universitaires seront renforcés et évolueront vers des centres de santé universitaires.
Chaque terrain de stage sera évalué, ce qui pourra « déclencher un réexamen de l’agrément », le cas échéant, a expliqué Agnès Buzyn. La ministre a également réaffirmé qu’elle veillerait au respect strict du temps de travail hebdomadaire (48 heures par semaine) et du repos de sécurité. Les conditions d’accueil des étudiants seront améliorées, notamment à travers des chartes et tous les encadrants auront une formation pédagogique.
Sortir de la logique de compétition
Au-delà des changements sur le court terme, Frédérique Vidal et Agnès Buzyn ont affirmé qu’il s’agissait d’un changement « culturel et organisationnel » qui s’inscrivait dans le long terme. Dans l’intervalle, une « cellule nationale d’évaluation des situations exceptionnelles » permettra d’ores et déjà de discuter des changements de filière de subdivision en dehors des règles de l’ECN. « Aujourd’hui, les études en santé sont un tunnel sans bifurcation ni retour », a souligné Frédérique Vidal. Une réforme du deuxième cycle, avec notamment « une refonte en profondeur de l’accès au troisième cycle » est en cours avec une probable disparition des ECN. Les engagements des ministres proposent aussi de « sortir d’une logique de compétition » dans les études en santé et poursuivant notamment les alternatives à la Paces. Elles défendent également plus de passerelles et de porosité entre toutes les formations de l’université et un accès à tous les étudiants en santé « à la médecine préventive, aux activités culturelles et sportives » au plus tard à la rentrée 2019. Du côté des formateurs, ceux qui veulent accéder aux fonctions de direction des instituts de formation et de coordonnateur de DES, les formateurs devront suivre un module spécifique de formation.
Agnès Buzyn a annoncé la tenue d'un point d'étape annuel avec les représentants des étudiants pour suivre la mise en place de ces mesures.
Fixer des objectifs concrets
Du côté des principaux concernés, on se félicite que les choses avancent enfin. « La constitution d’une force spécifique à destination des études de santé est une avancée considérable », estime Jean-Baptiste Bonnet, président de l’Intersyndicale nationale des internes (Isni). Mais les syndicats d’internes considèrent qu’il faudra doter ces engagements de buts chiffrés : « il faut des objectifs concrets avec des indicateurs », souligne Marion Bouty, porte-parole de l’Intersyndicale nationale autonome représentative des internes de médecine générale (Isnar-IMG). « Il manque un objectif pour les risques psychosociaux des étudiants en santé qui doivent revenir d’ici cinq à dix ans dans la moyenne de ceux de leur tranche d’âge », renchérit Jean-Baptiste Bonnet. Mais d’ores et déjà, ce premier pas doit initier un changement de mentalité indispensable. « Culturellement, on considère que les études de santé sont très dures et vont mal se passer, or cela ne doit pas être une fatalité », explique Maxence Pithon, président de l’Isnar-IMG. « Nous revendiquons le droit d’être heureux en médecine », ajoute quant à lui le président de l’Isni.
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