Pour les internes en médecine générale, les stages dans des cabinets constituent une étape obligatoire. Durant ces périodes d’apprentissage, ils sont accompagnés par des médecins généralistes confirmés. Ces maîtres de stage universitaires (MSU) sont chargés, selon l’esprit du compagnonnage, de transmettre leurs connaissances, leurs compétences et leur vision du métier aux étudiants. Cette activité s’intègre complètement dans la formation des futurs médecins en leur permettant de découvrir aussi bien la richesse que la réalité de la pratique libérale.
Comment devenir MSU ?
Devenir MSU demande à exercer depuis au moins un an pour pouvoir accueillir un étudiant en 2e cycle (en 4e ou 5e année) ou des stagiaires de 3e cycle (entre la 7e et la 9e année). Si le praticien répond à ce critère, il peut demander un agrément valable cinq ans auprès du département de médecine générale et du doyen de sa faculté de médecine.
Le candidat MSU doit suivre un enseignement pédagogique lors de sa formation de maître de stage. Ce parcours s’inscrit dans le cadre du développement professionnel continu (DPC). Il s’agit pour le futur MSU de mieux connaître le rôle de tuteur et d’accompagnateur. « On fait des rappels sur les études médicales, on leur fournit des éléments sur la pratique en fonction du niveau de l’étudiant, pour mieux percevoir le rôle du médecin généraliste ou encore à quoi correspond ce rôle de superviseur », énumère le Pr Olivier Saint-Lary, président du Collège national des généralistes enseignants (CNGE).
Questionner sa pratique
Le statut de maître de stage présente de nombreux avantages pour les médecins généralistes. Il traduit avant tout une volonté de transmettre, de restituer les savoirs que d’autres MSU leur ont fournis et de s’interroger régulièrement sur leur pratique grâce au regard des étudiants. Tous ces éléments sont une source de stimulation professionnelle bénéfique. L’accueil d’un étudiant engage le MSU dans une logique de changements positifs. Les nombreuses interactions avec de jeunes médecins modifient en profondeur le quotidien du MSU en le poussant à moderniser sa pratique. Elles rompent aussi l’isolement du médecin et participent ainsi à son évolution personnelle.
Les maîtres de stage des universités ont tendance à avoir un exercice plus proche des recommandations et des bonnes pratiques
Pr Olivier Saint-Lary, président du CNGE
Il a été montré que même leur manière d’exercer diffère légèrement de celle de leurs confrères. « Ils ont tendance à avoir un exercice plus proche des recommandations et des bonnes pratiques », témoigne le président du CNGE. En prenant l’exemple de la prescription d’antibiotique, une thèse de doctorat a remarqué que les médecins MSU en prescrivaient moins que leurs confrères non MSU.
De ce fait, le statut séduit de plus en plus de médecins généralistes et leur recrutement est particulièrement dynamique. On compte en effet 1 000 nouveaux MSU par an en moyenne, si bien que le nombre de maîtres de stage en France a plus que doublé de 2011 à 2024, passant de 5 428 à 13 908. « Ça représente presque un quart des médecins généralistes en exercice en France », se félicite Olivier Saint-Lary.
Une 4e année encore floue
Les récentes modifications de la formation des internes de médecine générale augmentent encore les besoins. « La 4e année d’internat pour les généralistes provoque une multiplication des stages en ambulatoire et donc nécessite encore plus de terrains de stage », explique Olivier Saint-Lary. D’où la nécessité de recruter encore plus de maîtres de stage et atteindre l’objectif de 15 000 MSU en 2026, fixé par le gouvernement.
Des pistes sont également envisagées pour ouvrir de nouveaux terrains de stage, notamment dans les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) ou dans les services de protection maternelle infantile (PMI). Des mesures qui s’intègrent bien au projet de formation des jeunes médecins puisqu’elles permettraient de combiner une activité de soins en ambulatoire et leur intégration dans un environnement professionnel mêlant différents acteurs.
Malgré tout, de nombreux éléments manquent encore autour des modalités de cette réforme et de son application. En congrès fin mars (CMGF, du 27 au 29 mars à Paris), les généralistes ont d’ailleurs montré leur impatience face au ministre chargé de la Santé et de l’Accès aux soins, Yannick Neuder, venant s’engager à la publication des décrets « avant l’été ». Les textes attendus concernent par exemple le statut des futurs docteurs juniors, leur rémunération ou encore la convention type de stage. De la même manière, le statut des MSU doit encore être précisé, avec « d’éventuelles évolutions comme la possibilité d’être juste médecin accueillant, une première étape avant de devenir MSU, qui permettrait d’ouvrir plus rapidement des terrains de stage dans les territoires », relève Olivier Saint-Lary. Les MSU attendent aussi d’en savoir plus sur le modèle économique et comment compenser les frais engendrés par l’accueil d’un étudiant (locaux, secrétariat…).
Ces éléments tant attendus doivent avant tout rassurer les maîtres de stage sur la mise en œuvre de cette réforme qui doit entrer en vigueur en 2026 et leur permettre d’assurer leur mission d’encadrement sereinement.
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