Lorsque l'épidémie a frappé de plein fouet l'Île-de-France, les travaux de recherche du Pr Philippe Menasché (directeur du service de chirurgie cardiovasculaire de l'hôpital européen Georges-Pompidou, HEGP) ont été fortement perturbés, avec une réorientation massive des moyens humains et financiers vers les travaux de recherche consacrés au Covid-19.
« Tout s'est arrêté, se souvient-il. Le ministère a repoussé toutes les échéances des appels d’offres de l'Agence nationale de la recherche (ANR). Avec le Pr Jérôme Larghero [responsable de l’unité fonctionnelle de thérapie cellulaire de l’hôpital Saint-Louis], nous avons interrompu nos travaux sur la thérapie cellulaire de l'insuffisance cardiaque pour mettre en place un essai de thérapie cellulaire sur le Covid-19. » Le cas de l'HEGP n'est pas isolé, dans toute la France, les essais cliniques ont connu un coup d'arrêt.
Les hôpitaux peu disponibles
« Trois facteurs ont fortement perturbé les projets en cours, énumère le Dr Denis Comet, président de l'Association française des entreprises de la recherche clinique (AFCROs). Tout d'abord, les plans blancs ont restreint l'accès aux hôpitaux. Ensuite, les médecins réquisitionnés pour gérer la crise étaient moins disponibles pour des travaux de recherche. Enfin, les patients étant confinés, ils ne pouvaient pas être suivis comme le protocole le prévoyait. »
Si certaines recherches pouvaient être facilement interrompues, d'autres posaient des problèmes plus sérieux. « Dans le cas d'une recherche en oncologie, on ne peut pas suspendre un traitement sans risque pour le patient, illustre le Dr Comet. Or, il n'était plus possible d'accéder à la pharmacie des hôpitaux, et certains produits n'étaient pas administrables en ville. »
Les entreprises de la recherche clinique constatent néanmoins peu de projets véritablement en danger. « Sur tous les projets que mon entreprise supporte, seulement 10 % sont en difficulté, explique le Dr Comet. Dans les projets en fin de vie, on a pu geler la base de données si cela ne représentait pas une perte de puissance statistique. Les projets en milieu de vie ont été mis en stand-by, ou poursuivis en utilisant la télémédecine et en aménageant le protocole. »
L'argent magique existe finalement
La vitesse à laquelle des sommes ont été débloquées pour financer des travaux sur le Covid-19 n'a de cesse d'impressionner les acteurs de la recherche. L'ANR a ainsi lancé deux appels à projets, dont le second s'arrête le 28 octobre, avec un montant plafonné à 150 000 euros par projet. « L'argent qui n'existait pas deux semaines plus tôt s'est mis à couler à flots, ironise le Pr Menasché. À titre d'exemple, j'ai obtenu en une dizaine de jours un programme hospitalier de recherche clinique (PHRC) et un financement de l'Agence nationale de la recherche. »
Il est encore trop tôt pour savoir si cette mobilisation se fera au détriment des autres domaines de recherche. « Compte tenu du climat social, ils n'ont pas intérêt à resserrer la vis trop vite », prédit le Pr Menasché, tout en espérant que les fonds de recherche qui ne pourront être utilisés, faute de patients à recruter, « soient recalibrés au prorata des effectifs réels des études, et que cela dégage des sommes pour les projets non Covid ».
Reprise progressive
Avec le déconfinement, les travaux de recherche clinique se dégèlent lentement. « Depuis 15 jours, les attachés de recherche clinique peuvent revenir sur les sites, moyennant des protocoles d'accès », explique le Dr Comet. Dans les laboratoires de l'Inserm, la consigne actuelle permet le retour de 25 % des personnels. « Les étudiants et les thésards ne sont pas au travail et reviennent au compte-gouttes », témoigne le Pr Menasché, dont les travaux sur l'utilisation de secrétome de cellules souches dans l'insuffisance cardiaque ont repris le 19 mai.
Les travaux en cours sur le Covid-19 captent cependant une partie des ressources humaines. « Quand on voit le nombre d'essais qui mobilisent des plates-formes techniques et des attachés de recherche clinique, on se doute qu'il y aura moins de temps de travail et de moyens disponibles pour tout ce qui relève d'autres thématiques », prédit le Pr Menasché.
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