Pr Céline Pulcini* : « Selon les médecins, les volumes de prescription varient de 1 à 10 »

Publié le 29/11/2019
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Les dernières données concernant les antibiotiques en ville montrent un recul des consommations et des résistances. Quelle analyse faites-vous de ces évolutions ?

Pr Céline Pulcini : C’est encourageant, car cela montre qu’il est possible d’agir et d’avoir un impact, ce qui est une excellente nouvelle. Ceci dit, il ne faut pas relâcher les efforts mais au contraire les intensifier car on consomme toujours 2 à 3 fois plus que les pays européens les plus vertueux ! On a donc encore une vraie marge de progression.

Dans quelle mesure la surconsommation d’antibiotiques et l’augmentation des résistances sont-elles encore du ressort du médecin ?

Pr C. P. Je pense que la marge de progression existe pour tout le monde, que l’on soit professionnel de santé – prescripteur ou non –, usager, patient ou décideur en santé. Tout le monde doit agir car l’augmentation des résistances est bien sûr liée au mésusage antibiotique mais aussi à des pratiques de prévention des infections et de contrôle de la transmission croisée qui peuvent être améliorées. Il faut jouer sur tous ces tableaux.

Concernant le mésusage, il est certain que c’est le médecin, la sage-femme ou le chirurgien-dentiste qui prend au final la décision de prescrire. Mais le prescripteur n’est pas seul, il évolue dans un environnement donné qui impacte forcément sa pratique. Le contexte sociétal et culturel joue donc un rôle important.

Ceci dit, à environnement équivalent, on sait qu’il existe des profils très différents de prescripteurs avec des volumes de prescription variant de 1 à 10, même quand on ajuste sur la patientèle.

Selon vous, les généralistes ont-ils les outils nécessaires pour moins prescrire ?

Pr C. P. Nous travaillons sur ce sujet, notamment avec le Collège de la médecine générale et l’Ordre des médecins. Il existe déjà pas mal d’outils à disposition des médecins, que ce soit pour les aider à communiquer avec leurs patients (comme par exemple, le module en ligne Antibio’Malin) ou leur permettre de suivre en temps réel l’épidémiologie des principales infections via le système de surveillance Géodes, etc. On essaie aussi d’étendre les centres régionaux en antibiothérapie à la totalité des régions. Enfin, nous avons inscrit la lutte contre l’antibiorésistance dans les priorités de la FMC.

L’Assurance maladie est également mobilisée depuis longtemps avec des campagnes de sensibilisation, des plans personnalisés d’accompagnement pour les plus gros prescripteurs ou encore la mise à disposition d’une ordonnance de non-prescription depuis 2016. 

Enfin, nous avons sollicité les sociétés savantes pour travailler sur la diminution des durées de traitement, la mise en place de l’antibiogramme ciblé et l’usage des tests de diagnostic rapide pour améliorer le bon usage des antibiotiques en ville, en EHPAD et aux urgences. Cela devrait déboucher sur des recommandations dès l’an prochain.

La prévention des infections était l'un des objectifs de la mission interministérielle. Quels sont les leviers à actioner en médecine générale ?
La prévention des infections est un des objectifs essentiels de même que le contrôle de la transmission croisée. Une infection évitée c’est un antibiotique préservé. À ce titre, les généralistes un rôle clé pour éduquer leur patient sur les pratiques d’hygiène et l’intérêt de la vaccination pour réduire les infections et donc in fine l’antibiorésistance. De façon plus directe, ils ont aussi un rôle à jouer en appliquant eux-mêmes les règles d’hygiène essentielles et en étant à jour dans leur vaccination notamment vis-à-vis de la grippe, pour éviter de contaminer leurs patients.

* Cheffe de projet national à l’antibiorésistance


Source : Le Généraliste: 2890