Le congrès européen sur l’obésité (ECO), qui se tient du 12 au 15 mai 2026 à Istanbul, aborde différents aspects du mode de vie et de son influence sur l’obésité. Des études témoignent de modifications de la représentation sociale de l’obésité à l’ère des analogues du GLP-1.
Pour les personnes obèses ou en surpoids qui entreprennent un régime, effectuer 8 500 pas par jour permet d’éviter la reprise pondérale à la fin du régime, d’après une étude publiée dans l’International Journal of Environmental Research and Public Health. « Environ 80 % des personnes en surpoids ou obèses qui parviennent dans un premier temps à perdre du poids ont tendance à reprendre tout ou partie de ce poids dans les trois à cinq ans », explique Marwan El Ghoch, dernier auteur de l’étude.
Les chercheurs ont analysé 18 essais cliniques randomisés comparant des régimes avec ou sans modification du mode de vie, incluant une phase de perte pondérale (7,9 mois en moyenne) suivie d’une phase de maintien du poids (10,3 mois en moyenne). Alors que le nombre de pas à l’inclusion était compris entre 7 180 à 7 280, le groupe interventionnel a augmenté son activité physique pour atteindre 8 454 pas quotidiens à la fin de la phase de perte de poids. Ces participants ont obtenu une plus grande perte pondérale (4,39 % de masse corporelle en moyenne) et l’ont en grande partie maintenue par la suite (3,28 %). Cela fait de l’objectif de 8 500 pas « une stratégie simple et abordable pour prévenir la reprise de poids », conclut Marwan El Ghoch.
Autre aspect du mode de vie lié à l’obésité, le fait de ne pas manger du fait maison. Une étude menée dans 65 pays montre que 47 % des adultes dans le monde mangent à l’extérieur au moins une fois par semaine. De manière générale, manger à l’extérieur était plus souvent le fait d’hommes, de jeunes adultes, de personnes non mariées, ayant un emploi et avec un plus haut niveau d’éducation. Or, la nourriture et les boissons préparées hors de chez soi sont plus souvent transformées avec des taux plus importants de sel, de sucres et d’acides gras saturés.
Ainsi, dans les pays à faible revenu, les personnes obèses ou en surpoids avaient un taux de consommation de nourriture préparée à l’extérieur plus élevé que celles avec un poids dans la norme, respectivement de + 39 % et + 28 %. « Dans le contexte alimentaire actuel, il est difficile pour les gens de ne pas trop manger et de choisir des aliments nutritifs et sains, a déclaré Sebastian Vollmer, auteur principal de l'étude. Les interventions de santé publique doivent cibler le secteur de la restauration hors domicile, qui constitue un levier essentiel pour la prévention mondiale de l'obésité. »
Voir plus loin que la responsabilité individuelle
Le temps de travail serait aussi associé à l’obésité. Une étude présentée au congrès montre qu’une réduction de 1 % des heures annuelles travaillées réduirait de 0,16 % le taux d’obésité dans les pays de l’OCDE (simulation sur la période 1990 – 2022). L’effet est plus important chez les hommes, pour qui 1 % de réduction d’heures de travail est associée à une baisse de 0,23 % du taux d’obésité, contre 0,11 % pour les femmes. « Les résultats suggèrent que la relation entre les horaires de travail et l’obésité est complexe et influencée par divers facteurs socio-économiques et culturels ».
Les auteurs avancent des mécanismes en jeu tels que « la diminution du temps consacré à l'activité physique, l'augmentation du stress lié au travail et un recours accru aux plats préparés riches en calories ». Les chercheurs invitent à mettre en place des mesures coordonnées « allant au-delà d’un simple changement des comportements individuels ».
Comme le pointent ces études, la responsabilité individuelle n’est pas le seul levier dans la lutte contre l’obésité. Les politiques de santé publique doivent s’emparer du sujet, comme le défend un papier d’opinion présenté à l’ECO. « L’ère Ozempic offre un moment décisif pour remettre en question les idées reçues profondément ancrées dans la culture, selon lesquelles l’obésité serait un échec personnel, écrivent les auteurs. En tirant parti des répercussions plus larges des nouveaux médicaments contre l’obésité, la société peut favoriser la responsabilité collective et créer la dynamique politique nécessaire pour s’attaquer à la cause profonde de la crise de l’obésité grâce à des réformes globales du système alimentaire. »
Ils invitent à s’inspirer des dynamiques de santé publique ayant amené à la régulation du tabac ou de l’alcool, et à rediriger l’attention sur l’industrie alimentaire (taille des portions, aliments ultratransformés, etc.). « Il existe une opportunité de réorientation sociale qui pourrait enfin s’attaquer aux facteurs systémiques de l’obésité », soulignent-ils.
Les aGLP-1 efficaces chez les plus de 65 ans
Deux études présentées au congrès ECO concluent à l’efficacité des aGLP-1 chez les plus de 65 ans et ce pour une sécurité similaire, l’une pour le sémaglutide (obésité ou surpoids sans diabète) et l’autre pour l’orforglipron (obésité avec ou sans diabète). Pour le sémaglutide, les chercheurs ont évalué la molécule pour un dosage de 2,4 mg en administration sous-cutanée hebdomadaire. À la semaine 68 post-inclusion, ils retrouvent une baisse de 15,4 % de la masse corporelle contre -5,1 % pour le placebo. La survenue d’effets indésirables sérieux était un peu plus élevée (19 % versus 12,7 %). L’étude sur l’orforglipron aboutit aux mêmes résultats avec une perte de poids à 72 semaines de – 7,5 à 7,9 % (6 mg d’orforglipron), – 8,3 à 11,3 % (12 mg) et – 12,2 à 13 % (36 mg) contre – 1,6 à 2,3 % sous placebo (la borne la plus basse était observée en cas de DT2 sauf pour le placebo). Quelque 12,3 % des personnes sous orforglipron ont arrêté leur traitement à cause d’effets secondaires (5,5 % sous placebo).
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