L’asthme associé à l’obésité constitue un phénotype particulier, souvent plus sévère, avec plus d’exacerbations, et plus difficile à traiter. « Il résulte d’interactions complexes, et bidirectionnelles, entre immunité, métabolisme, mécanique respiratoire et microbiote », résume Grégory Bouchaud, directeur de recherche de l’unité Inrae-Phan du centre Pays de Loire (Nantes).
L’obésité aggrave l’asthme d’abord par des effets mécaniques : diminution des volumes pulmonaires courants, fermeture des petites voies aériennes, compression thoraco-abdominale par le tissu adipeux, altération des propriétés élastiques du poumon due à l’infiltration thoracique par les adipocytes ainsi qu’une hypercontractilité des cellules musculaires bronchiques ; mais aussi en amplifiant l’inflammation. « Elle modifie profondément le système immunitaire, en augmentant des cytokines pro-inflammatoires (IL-4, IL-13, IL-17, etc.) et en perturbant surtout l’immunité innée (notamment les cellules ILC), ce qui favorise une corticorésistance », décrit l’immunologiste. Dans ces mécanismes physiopathologiques multiples, les hormones du tissu adipeux jouent un rôle clé, et l’on observe une dérégulation des adipokines : la leptine (augmentée) stimule l’inflammation, tandis que l’adiponectine (diminuée) perd son effet protecteur. La leptine participe à l’activation de voies inflammatoires, tant moléculaires que cellulaires, et contribue à l’aggravation de la sévérité de l’asthme, qu’il soit de phénotype T2 ou non.
Enfin, la dysbiose des microbiotes intestinal et pulmonaire contribue à entretenir l’inflammation et à réduire l’efficacité des traitements. Certaines espèces exerçant une influence spécifique sur l’asthme associé à l’obésité ont été identifiées, suggérant un profil fonctionnel microbien intestinal particulier.
Selon le chercheur, « l’obésité et l’asthme s’entretiennent mutuellement via un dialogue immunométabolique qu’il reste à approfondir, expliquant une maladie plus complexe et plus sévère. »
Entretien avec Grégory Bouchaud. Session M25
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