Voilà plusieurs années que les médicaments à longue durée d’action font parler d’eux en infectiologie, notamment dans la lutte contre le VIH. Alors que les traitements antirétroviraux doivent être suivis au long cours, leur prise quotidienne génère des difficultés d’observance susceptibles de compromettre leur efficacité. Les formulations à longue durée d’action pourraient au contraire favoriser l’adhérence, comme le montrent diverses études conduites en curatif, mais aussi en préventif dans le cadre de la PrEP.
En particulier, la faisabilité d’une PrEP fondée sur une forme injectable de cabotégravir active pendant 8 semaines – qui nécessiterait moins de 10 injections par an – se confirme. Dans l’essai de phase IV Pillar, conduit auprès de 201 individus sous cabotégravir à longue durée d’action, on observe une persistance thérapeutique à 12 mois très élevée. Seuls cinq participants avaient manqué une injection – alors remplacée soit par du cabotégravir oral, soit par une autre PrEP – et 11 avaient arrêté le traitement du fait d’effets indésirables (douleur à l’injection, principalement). Au cours du suivi, aucune contamination VIH n’a été enregistrée, contre 27 cas d’autres IST (gonorrhée, chlamydia ou syphilis).
En outre, d’autres travaux soulignent la préférence des patients pour la forme injectable. À commencer par ImPrEP CAB-LA. Dans cette investigation conduite au Brésil auprès de 1 447 personnes éligibles à la PrEP, chaque participant s’est vu proposer soit une PrEP orale, soit une PrEP injectable à longue durée d’action. Résultat : 83 % ont opté pour la forme injectable. Dans le même esprit, dans une enquête conduite elle aussi au Brésil auprès de plus de 3 600 hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes, plus de la moitié des répondants indiquait préférer une PrEP administrable tous les 6 mois.
Les promesses du lénacapavir
Autre antirétroviral à longue durée d’action qui fait parler de lui : le lénacapavir, qui pourrait constituer la base d’une PrEP injectable par voie sous-cutanée – moins douloureuse et plus commode que la voie intramusculaire – seulement deux fois par an. Si de plus en plus d’études décrivent une efficacité chez les adultes, de premières données encourageantes se dégagent aussi chez les adolescents. Une autre formulation de lénacapavir injectable pourrait, elle, ne nécessiter qu’une seule injection par an. C’est du moins ce que laissent espérer des travaux décrivant, avec ce produit, l’obtention de concentrations plasmatiques supérieures à celles atteintes avec le lénacapavir injectable tous les 6 mois.
À noter toutefois que si les autorités se penchent sur ces nouveaux médicaments (l’Agence européenne du médicament pourrait autoriser le cabotégravir injectable d’ici à la fin de l’année), la sécurité à long terme de ces médicaments interroge. Car en cas d’infection par le VIH dans les 6 mois suivant une PrEP par cabotégravir à longue durée d’action, un surrisque de résistance au cabotégravir – aussi utilisé pour le traitement – se dégage. Si aucune résistance au lénacapavir n’est recensée pour le moment, la question se pose ainsi de réserver cette molécule à la prévention.
Des antituberculeux longue durée d’action dans les tuyaux
L’intérêt suscité par les traitements de longue durée d’action dépasse le seul champ de la lutte contre le VIH. Par exemple, dans la tuberculose, plusieurs molécules faiblement solubles dans l’eau et efficaces à faible dose pourraient donner lieu à des formulations à longue durée d’action, qu’il s’agisse d’antituberculeux anciens (comme la rifapentine, la rifabutine ou la bédaquiline) ou expérimentaux (télacébec, ganféborole, quabodepistat, TBAJ-876). D’ores et déjà, une forme de bédaquiline à longue durée d’action est en phase 1, et la rifabutine, la rifapentine et le ganféborole font l’objet de développements préliminaires.
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