Poliomyélite, mononucléose mais aussi Ebola, dengue, et même désormais borréliose : les syndromes post-infectieux ne sont pas des entités cliniques nouvelles et des troubles de ce type sont décrits depuis longtemps pour des pathologies virales ou bactériennes variées. Tous partagent des points communs, avec notamment un tableau clinique incluant de la fatigue, des symptômes paragrippaux, rhumatologiques, neurologiques ou cognitifs, etc. ; et des hypothèses physiopathologiques similaires : persistance d’un réservoir viral, activation immunitaire chronique, dysbiose, etc.
Cependant, leur importance en termes non seulement de prévalence mais aussi d’impact sur la qualité de vie de la population suscite une attention nouvelle depuis l’émergence du Sars-CoV-2 – le Covid long affectant probablement plus de 400 millions de personnes dans le monde. Autrement dit, ces syndromes post-infectieux semblent désormais considérés comme un problème de santé publique majeur.
La physiopathologie du Covid long encore mystérieuse
Dans ce contexte, la recherche se mobilise pour mieux comprendre ces troubles. À commencer par le Covid long, de mieux en mieux caractérisé, d’abord cliniquement. Si une cinquantaine de symptômes – peu spécifiques – ont initialement été décrits, une étude de la UK Biobank conduite auprès de plus de 200 000 patients identifie des troubles plus spécifiques à même de faciliter le repérage de certains sous-types de Covid long : symptômes cardiopulmonaires, brouillard mental, altération de l’odorat et du goût, perte d’audition, etc.
De plus, la présence d’altérations microbiologiques, biologiques, cellulaires ou tissulaires se confirme. La présence prolongée d’ARN viral dans le sang ou le système nerveux a notamment été constatée chez environ 20 % des patients, signant la persistance d’un réservoir viral. De nombreuses altérations immunitaires ont également été retrouvées : dérégulation des cellules T, réponse immunitaire humorale et cellulaire non coordonnée, réduction de la clonalité des cellules B mémoire, activation persistante du complément, auto-anticorps, etc. Avec, à a clé, des thromboses, une angiogenèse systémique anormale (changement morphologique des vaisseaux sanguins), des atteintes mitochondriales, etc.
Cependant, la physiopathologie du Covid long – très complexe – reste en partie mystérieuse, freinant l’élaboration de traitements étiologiques, même si quelques molécules font l’objet d’évaluations, comme la plitidepsine (inhibiteur de la traduction du SARS-CoV-2).
Par ailleurs, la question de l’irréversibilité des symptômes continue de se poser alors que nombre de patients infectés en 2020 en présentent encore.
Regain d’intérêt autour de la maladie post-tuberculeuse
Autre pathologie où les symptômes jouent les prolongations et qui suscite un intérêt croissant : la maladie pulmonaire post-tuberculose (ou PTLD pour post-tuberculosis lung disease), restée longtemps sous les radars mais dont l’impact se révèle en fait significatif. Alors qu’au niveau mondial, 155 millions de survivants de la tuberculose continuent d’être recensés, deux revues récentes de la littérature estiment que 59 % des personnes considérées comme guéries pourraient en réalité présenter une spirométrie anormale, 25 % une dyspnée et 15 % une atteinte pulmonaire sévère. Et chez les personnes considérées comme guéries de la tuberculose, la mortalité s’avère trois fois plus élevée qu’en population générale.
En 2019, un premier symposium consacré à ce syndrome post-infectieux, a permis de formaliser une toute première définition de la maladie – caractérisée par « des anomalies respiratoires chroniques, symptomatiques ou non, attribuables au moins en partie à un antécédent de tuberculose ». Une nouvelle définition, un peu plus spécifique, devrait être formulée d’ici à la fin de l’année.
Un effort de caractérisation clinique de la maladie post-tuberculeuse est aussi réalisé, avec des données suggérant un impact au-delà de la sphère pulmonaire. On observe en effet chez les patients concernés la présence non seulement de séquelles respiratoires – avec déclin accéléré de la fonction pulmonaire après le traitement de l’épisode aigu pour 30 % des patients – mais aussi une forte prévalence de troubles psychiatriques (anxiété, dépression, syndrome post-traumatique) et de nombreuses comorbidités : cancers du poumon, maladies cardiovasculaires, etc. Les études révèlent toutefois des présentations particulièrement complexes et hétérogènes, avec une variabilité interindividuelle mais aussi intra-individuelle de symptômes de plusieurs types qui doit encore être précisée.
La recherche tente aussi de mettre en évidence des facteurs de risque. Si les personnes séronégatives au VIH et les jeunes adultes semblent particulièrement touchés, le poids des facteurs de risque traditionnels de la tuberculose (diabète, sous-nutrition, tabagisme, trouble de l’usage de l’alcool) demeure inconnu.
Au total, les données restent encore trop éparses pour élaborer des préconisations de pratique clinique. Notamment, les critères diagnostiques de la maladie se révèlent troubles. En prévention secondaire, l’impact des nouveaux schémas de traitement de la tuberculose aiguë, de plus en plus courts, demande également à être clarifié. Enfin, les mécanismes physiopathologiques associés à ce syndrome post-infectieux doivent susciter davantage de recherches, pour à terme permettre l’élaboration d’un traitement spécifique.
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