L’imagerie médicale comme beaucoup d’autres spécialités et professions aura un avant et après Covid — 19. Elle s’est montrée fiable, performante et indispensable dans le diagnostic immédiat et le suivi des patients. Elle le sera aussi dans le suivi à long terme des malades. L’examen de référence est le scanner, la radiologie du thorax, examen dépassé, n’a aucun intérêt. Ceci est admis par toutes les sociétés savantes.
Pour l’après Covid, le fonctionnement des sites d’imagerie est profondément modifié, par les mesures d’hygiène, de nettoyage et de distanciation obligatoires pour la sécurité des patients et du personnel. La « productivité » – même si ce mot peut paraître incongru en médecine — est fortement impactée et les temps d’examens s’allongent considérablement. De fait, les délais de rendez-vous s’allongent considérablement, même si les centres d’imagerie augmentent sensiblement leurs heures d’ouverture. Il n’est pas rare d’obtenir un rendez-vous de scanner à 3-4 semaines et d’IRM à 6-8 semaines aussi bien dans le secteur public que libéral.
Pendant la période aiguë, les retards diagnostics étaient dus à l’angoisse des patients à se rendre dans les centres hospitaliers. Maintenant, les délais de rendez-vous en seront responsables.
L'Allemagne, trois fois plus dotée
Il est donc impératif d’augmenter en urgence le nombre d’installation de scanner et d’IRM. Nous avons vu l’efficacité du système de santé allemand qui dépense les mêmes sommes d’argent que nous par rapport à son PIB. Dans ce pays, il existe entre 2,5 et 3 fois plus de scanner et d’IRM que chez nous. Nos dépenses en imagerie sont 3 fois plus importantes en radiologie conventionnelle, obsolète dans la plupart des cas, qu’en imagerie en coupe.
Nous héritons en France d’un régime des autorisations issu du siècle dernier. Les possibilités d’utilisation d’un appareil sont soumises à une autorisation délivrée par l’ARS d‘après un schéma d’organisation (PRS) revu tous les 5 ans. Une fois l’autorisation acquise, il faut entre un et trois ans pour qu’un appareil soit fonctionnel. Ainsi, certains départements n’ont pas eu de nouvelles installations opérationnelles depuis 5 ans.
Mon maître, le Pr J.-L. Lamarque disait déjà, au début des années 1980, qu’en France, il fallait demander une autorisation pour faire de l’imagerie de qualité mais que rien n’empêchait l’installation d’un appareil obsolète. Rien n’a changé. Il est urgent d’évoluer rapidement pour offrir une imagerie de qualité à nos concitoyens.
Un décret prévoyant un changement du régime des autorisations est en préparation depuis plusieurs années, mais sans cesse repoussé pour raisons inconnues. Certainement que la lourdeur administrative pèse de tout son poids. En attendant, une ouverture large par les ARS des autorisations de Scanner et d’IRM est impérative. Dans le cas contraire, les retards diagnostics augmenteront inéluctablement et le Covid, même s'il disparaît, aura des répercussions à long terme sur la santé des patients.
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