Un régime hypocalorique de court terme, dit imitant le jeûne (fasting-mimicking diet), améliorerait significativement les symptômes physiques et les marqueurs biologiques dans les formes légères à modérées de la maladie de Crohn, selon une étude américaine. « Bien que les interventions alimentaires soient difficiles à étudier, les résultats sont remarquables […]. Cette étude donnera aux médecins des preuves pour étayer leurs recommandations dans un domaine qui intéresse beaucoup les patients », se sont enthousiasmés les auteurs dans un communiqué de la faculté de médecine de Stanford.
L’essai contrôlé randomisé, dont les résultats sont publiés dans Nature Medicine, a comparé les symptômes et les marqueurs biologiques de deux groupes de patients atteints d'une forme légère à modérée de la maladie, l’un ayant suivi un régime imitant le jeûne et l’autre ayant mangé normalement pendant trois mois consécutifs. Dans le cadre du régime imitant le jeûne, les participants ont réduit leur apport calorique pendant cinq jours consécutifs par mois (entre 700 et 1 100 calories par jour, repas à base de légumes et de fruits avec un apport en protéines et en glucides réduit) ; le reste du mois, ils suivaient un régime alimentaire standard.
Réduction de l’activité de la maladie et des marqueurs inflammatoires
Dans leur étude, les chercheurs ont inclus 97 participants (âge médian 45 ans) entre 2019 et 2023 et les ont randomisés, soit dans le groupe « régime imitant le jeûne » (n = 65), soit dans le groupe contrôle (n = 32). Les auteurs relèvent que dans chaque groupe, environ 40 % des participants étaient en surpoids ou en obésité ; les traitements suivis étaient les anti-TNF, les anti-interleukines 12 et 23, les anti-intégrines, les immunomodulateurs, les inhibiteurs de JAK ou encore les corticostéroïdes.
À l’issue du protocole de trois mois, 69,2 % des participants du groupe « jeûne » ont constaté une réduction de l’activité de la maladie (échelle CDAI) et 64,6 % une rémission clinique de la maladie, pour certains observés par voie endoscopique. « Nous avons remarqué que même après un seul cycle de jeûne, il y avait des bénéfices cliniques », a souligné l’équipe. Les chercheurs ont également constaté une baisse significative de la calprotectine fécale, cette protéine indiquant une inflammation intestinale, avec une baisse de -22 % dans le groupe jeûne par rapport -8 % dans le groupe témoin. Certains médiateurs lipidiques favorisant l'inflammation ont également diminué chez les participants du groupe « jeûne ».
Dans le groupe témoin, 43,8 % des patients ont présenté une réduction de l’activité de la maladie et 37,5 % une rémission clinique. « Cette amélioration était probablement due aux fluctuations naturelles des symptômes de la maladie de Crohn et au fait que les patients continuaient à suivre leur traitement standard, tel que la prise de médicaments », ont commenté les scientifiques.
Aucun effet indésirable grave n’a été rapporté, à l’exception d’épisodes de fatigue et de céphalées dans le groupe « jeûne ». L’adhérence au jeûne durant les trois cycles du protocole était de 76,9 %.
Remplacement de tissus épithéliaux endommagés
Les scientifiques estiment que la restriction alimentaire pourrait être susceptible de bloquer les voies inflammatoires, notamment certaines impliquées dans les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin. Autre explication, le jeûne permettrait d’activer les cellules souches intestinales (facilitant le remplacement de tissus épithéliaux endommagés) et d’éliminer les organites et protéines endommagées.
Enfin, le régime à base végétal pourrait favoriser des populations bactériennes bénéfiques. À ce titre, les chercheurs étudient désormais si les changements dans le microbiome intestinal peuvent expliquer certains des bienfaits du régime imitant le jeûne. « Il reste encore beaucoup à faire pour comprendre la biologie qui sous-tend le fonctionnement de ce régime et d'autres chez les patients atteints de la maladie de Crohn », concluent-ils.
Prédire la maladie de Crohn avant l’apparition des symptômes grâce à une prise de sang
Des chercheurs du Mount Sinai Hospital de Toronto (Canada) avancent qu’il serait possible de prédire l’apparition de la maladie de Crohn avant les symptômes. Et cela grâce à une prise de sang mesurant le taux d’anticorps anti-flagelline, une protéine présente sur les bactéries intestinales. Les chercheurs estiment en effet que les anticorps anti-flagelline sont produits bien avant les symptômes et que cette réaction immunitaire pourrait contribuer à déclencher la maladie. Ces résultats rapportés dans la revue Clinical Gastroenterology and Hepatology sont issus du projet GEM, une cohorte de 5 000 individus dont un membre de la famille au premier degré est atteint de la maladie de Crohn.
RY Wu et al., Clinical Gastroenterology and Hepatology, 2026. DOI : 10.1016/j.cgh.2025.12.006
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