Les services d’urgence en France font face à des problématiques non résolues depuis de nombreuses années, voire des décennies : une affluence toujours plus forte, prise en charge par un personnel à l’effectif stable (dans le meilleur des cas) ou en baisse (dans les cas les plus fréquents), couplée à des capacités d’hospitalisation plus faibles qu’avant la pandémie.
Pour pouvoir donner raison à notre Président dans sa volonté de désengorger les urgences, il faudrait donc agir d’ici la fin de l’année prochaine sur tout ou partie de ces points de blocage.
Si le diagnostic posé sur les dysfonctionnements n’est pas récent, et son exactitude, auprès de tous les professionnels de santé qu’ils soient médicaux ou paramédicaux, fait consensus, les solutions apportées pour tenter de guérir notre système de santé de cette pathologie chronique, n’ont jusqu’à présent jamais été à la hauteur des enjeux.
Les causes de cet échec ?
Multiples. Tout d’abord, l’absence de réelle volonté de réformer les soins de ville, encore appelés soins premiers. Un patient pris en charge par un médecin généraliste ou une structure de soins premiers pluriprofessionnelle, c’est dans la plupart des cas un patient qui aura moins besoin d’avoir recours à un service d’urgence. À ce sujet la littérature scientifique est formelle : augmenter l’offre de soins premiers, tous professionnels de santé confondus, c’est diminuer les hospitalisations appelées « potentiellement évitables ». Et donc diminuer le recours aux urgences.
Augmenter l’offre de soins premiers nécessite d’en améliorer l’attractivité, depuis l’augmentation de l’effectif des enseignants qui assurent la formation initiale jusqu’à la revalorisation financière des modes d’exercices ambulatoires. Il conviendrait aussi de reconnaître l’étendue des compétences des généralistes et de cesser de les considérer comme des fainéants profiteurs jouant au golf, entre deux patients qui ne souffrent que de petits bobos. Car la bonne solution n’est pas dans le discours actuel qui consiste à dire aux acteurs de soins premiers « travaillez plus », beaucoup travaillant déjà à un volume horaire au-delà du raisonnable. Dans les pays d’Europe du nord, les indicateurs de santé sont meilleurs qu’en France, pour un volume de dépenses de santé moins important. Une partie de cette différence s’explique par la place prépondérante accordée aux soins premiers. Nous pourrions facilement nous inspirer de nos voisins…
Améliorer le parcours de soins du patient à l'hôpital
Autre piste pour « désengorger les urgences » : améliorer le parcours de soins d’un patient une fois entré à l’hôpital. On estime que 80 % des patients venant aux urgences n’y resteront pas et rentreront chez eux. Mais cela suppose, là encore, que les soins premiers soient suffisamment robustes pour prendre en charge ceux, parmi ces 80 %, qui auront besoin d’une prise en charge en ville. Et pour les 20 % restants ? Les urgences ont parfois les plus grandes difficultés à pouvoir faire hospitaliser certains d’entre eux. Pourquoi ? La faute tout d’abord au nombre de lits d’hospitalisation disponibles, qui n’a jamais été aussi bas depuis la pandémie. Mais aussi, à celle d'un système de santé français hypercloisonné. Un patient venant aux urgences et présentant un problème cardiaque nécessitant une hospitalisation trouverait sa place naturellement en service de cardiologie, non ? Et bien, ce n’est pas si simple, car si le patient a la mauvaise idée d’être « trop » âgé, les urgentistes se verront essuyer un refus, le patient relevant, de par son âge, d’un service de gériatrie plutôt que d’un service de cardiologie. Et s’il a d’autres pathologies, peut-être que le motif de récusation du patient dans le service sera que ces autres pathologies nécessitent davantage de soins que ceux pouvant être prodigués en service de cardiologie… Et nul n’est besoin de désigner les services de cardiologie comme seuls coupables, des situations en tous points équivalentes pourraient être racontées par nos confrères urgentistes avec les services de neurologie, de gastroentérologie, de pneumologie…
Mais alors, une solution pourrait être que les patients occupent moins longtemps, si tant est qu’on puisse utiliser cette formulation choquante, leurs lits d’hospitalisation. Ces patients sont appelés par les confrères des pays anglo-saxons les « bed blockers » ou bloqueurs de lits. Comment « débloquer » un lit d’hospitalisation ? Je vous le donne en mille : en permettant à ce même patient de retourner à domicile avec les soins appropriés ou dans une structure de convalescence, s’il n’a plus besoin du plateau technique hospitalier pour l’amélioration de sa santé.
Le diagnostic est posé, les traitements connus. Il ne reste plus qu’à tenir parole…
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