C'est dans un mail de la Cnam, envoyé la semaine dernière, que les généralistes ont appris la nouvelle. À compter du 1er juin, les feuilles de soins papier (Cerfa) accompagnant les flux B2 dégradés aux organismes de rattachement, feront leur grand retour, et ce au grand dam des généralistes !
L'année dernière cette obligation administrative avait été suspendue afin de permettre aux généralistes, – très sollicités par la pandémie, de se libérer du temps médical. Mais en pleine campagne de vaccination (depuis fin février avec AstraZeneca et depuis cette semaine avec Moderna), les généralistes et notamment la CSMF ne voient pas d'un bon oeil cette annonce.
Acte chronophage selon la CSMF
« Incompréhension », « indignation », sentiment « d'un manque de considération », les mots ne manquent pas au Dr Luc Duquesnel pour qualifier son état d'esprit suite à l'annonce de la Cnam de réintroduire l'obligation de reprendre l'envoi de feuilles de soins papier.
« Je suis en colère mais ce sont surtout les médecins qui sont en colère alors que nous traversons une période très intense, tonne le Dr Luc Duquesnel au Généraliste avant d'ajouter ; entre la vaccination et notre boulot habituel nous sommes débordés ! »
Dans un communiqué adressé à l'ensemble des libéraux ce mercredi, le président des Généralistes-CSMF s'interroge :
« Aucune raison ne nous a été donnée pour justifier une telle décision [...] C'est un non-sens aussi bien en termes de gestion de ressources humaines mal utilisées à des tâches administratives chronophages, que sur le plan écologique du fait de l'obligation d'utiliser des feuilles de soins papiers. »
Danger pour l'accès aux soins
Excluant toute forme d'abus induits par cette simplification (ou tout du moins de façon « très marginale »), le Dr Luc Duquesnel estime que cette décision est la preuve d'un clair manque de confiance de l'Assurance maladie : « c'est nous prendre pour des fraudeurs », regrette-t-il.
Dans son communiqué, il ajoute par ailleurs : « Cette suspicion pollue toutes, ou presque, les négociations conventionnelles menées depuis des années ! »
Le généraliste de Mayenne s'indigne également du refus de la Cnam « de prendre en compte la complexité de plus en plus grande » de l'exercice de la profession soulignant les « consultations longues et complexes, les visites à domicile et les soins non programmés » de plus en plus fréquentes.
« Face à cette posture de la Cnam, les médecins généralistes s'adaptent et l'accès aux soins en pâtit » alerte le Dr Luc Duquesnel qui relate par ailleurs le choix que font certains médecins de « ne prendre en charge que les soins non programmés et refusent d'être médecin traitant pour s'affranchir de la charge » qui incombe à cette mission.
De son côté la FMF a dans un communiqué qualifié cette décision de véritable « régression » et recommandé de faire « le bilan de cette année » avant de revenir en arrière.
Un climat peu propice au retour des négociations conventionnelles
À l'orée des négociations conventionnelles avec l'Assurance maladie censées reprendre mi-juin, le Dr Luc Duquesnel invite la Cnam à « changer d'attitude » sous peine de lasser les généralistes.
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