ENTRE LE MARTEAU et l’enclume. C’est ainsi que les chefs de pôle définissent, non sans humour, leur position intermédiaire à l’hôpital, entre le directeur et les médecins.
Réunis en table ronde lors des journées nationales de l’Association des directeurs d’hôpital (ADH), plusieurs d’entre eux ont échangé astuces et techniques de Sioux qui leur ont permis, au moins une fois dans leur carrière, de faire sauter les verrous qui entravent leur mission.
Chef...des problèmes.
Le rôle du chef de pôle ? Nommé par le directeur, il s’occupe de la gestion des moyens économiques et humains et applique dans les services la politique de l’établissement. À lui notamment de faire passer la pilule des restructurations auprès des équipes médicales. « Qui dit chef de pôle dit chef des problèmes », résume le Dr Édouard Bichier, du CH de Saumur. « Président de CME reconverti », ce chef de pôle est aussi biologiste. Dans ce petit établissement de 200 lits MCO, l’une de ses missions a été de fusionner les pôles « femme enfant » et « spécialités chirurgicales et unités médicotechniques ». « La première difficulté fut de convaincre la chef de service du pôle femme enfant, se souvient-il. Qu’un biologiste soit en charge de la maternité prêtait pour elle à discussion ». Comment ? En composant d’abord avec les individualités. Le Dr Bichier a nommé la chef de pédiatrie chef de pole adjointe. Puis, il a joué sur la fibre collective. « Pour favoriser le dialogue, j’ai eu l’idée de la démarche-projet, explique-t-il. De chef de pôle, je suis devenu animateur. J’ai réuni des représentants de toutes les spécialités et de tous les personnels pendant trois réunions de deux heures, sur deux mois. J’ai visé le pragmatisme. Les résistants les plus farouches sont devenus force de proposition ». Opération séduction réussie.
Camouflage.
Autre technique pour éviter le conflit ouvert avec les équipes médicales. « Faire comme les Allemands qui, bloqués par la ligne Maginot, sont passés par les Ardennes », s’amuse Thierry Nobre, professeur à l’École de management de Strasbourg et spécialiste des établissements de santé. C’est le choix tactique de Vanessa Fage-Moreel lorsqu’elle était en charge (non officiellement) des blocs opératoires du CHU de Strasbourg. Sans autorité légitime donc mais avec une mission délicate : faire accepter à six chefs de service habitués à travailler chacun dans leur coin (en pavillon) l’idée d’opérer sur un même site centralisé. Première réunion : « deux médecins ne viennent pas, l’un me dit ne pas comprendre ma méthode, un autre prend la porte, la claque et me dit que le problème, c’est les urgences », raconte-t-elle dans un sourire complice lancé à la salle, hilare. Comment s’en sortir ? En contournant. « Je me suis appuyée sur les cadres pour créer du lien avec les chirurgiens ». Le camouflage donne aussi de bons résultats. « J’ai enfilé pyjama et charlotte, direction le bloc ». Cette implication, Vanessa Fage-Moreel la recommande à tous les chefs de pôle : en « moins de dix heures », la jeune femme a « bouclé les négos » avec les syndicats. « Tout simplement parce que je connaissais le bloc mieux qu’eux ».
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