La vive polémique sur les « fake médecines » prend un tournant juridique et disciplinaire, qui risque de relancer durablement cette controverse.
Alors que la tribune dénonçant dans « Le Figaro » les thérapies dites « alternatives » – et en particulier l’homéopathie – continue d’engranger des signatures (1 700 à ce jour), une vague de plaintes disciplinaires ont été déposées au conseil de l’Ordre contre dix signataires.
Ces derniers sont attaqués pour des propos jugés « contraires aux principes déontologiques de confraternité, de considération de la profession, de moralité, de probité et de dévouement » par plusieurs syndicats professionnels* représentant les médecines alternatives et à exercice particulier (homéopathes, mésothérapeutes, etc.). Ces organisations ont perçu dans la tribune une « inadmissible agression idéologique » et une « incitation à l’intolérance ».
Un débat confraternel devant les tribunaux ?
Ces plaintes au conseil de l'Ordre constituent une réaction « à la violence des propos tenus » explique le Dr Meyer Sabbah, généraliste MEP à Grasse et président de l’Union collégiale, un des syndicats à l'initiative des plaintes. « La démarche des signataires est insultante et très anti-confraternelle : les signataires s’attaquent aux fake médecines, mais aussi aux médecins, désignés comme charlatans, et à l’Ordre en l’accusant de connivence », s’indigne le généraliste acupuncteur. Les fédérations professionnelles plaignantes attendent des excuses publiques « à la hauteur des attaques », comme « préalable à l’ouverture d’un débat confraternel », souligne le président de l’Union collégiale.
Ce débat est également attendu par les signataires visés. Le Dr Antoine Ospital, généraliste à Anglet, signataire de la tribune, et convoqué ce jeudi au conseil départemental de l’Ordre des médecins des Pyrénées-Atlantiques, à Bayonne, se dit « surpris et dépité qu’on en arrive sur le terrain judiciaire alors qu’on aurait aimé un débat scientifique ».
Selon lui, la fameuse tribune contre les fake médecines a été rédigée sans agressivité à l’égard de ses confrères : « Ce ne sont pas les personnes que la tribune met en cause, mais bien les pratiques », précise le généraliste, rappelant que la plainte ne porte pas sur les aspects scientifiques. « On ne veut pas interdire l’homéopathie mais bien préciser que c’est un champ différent de celui de la médecine. »
Vers une seconde vague de plaintes
Sur leur site, les signataires se félicitaient le 28 mars de « diverses avancées » suite à la médiatisation de leur tribune, et notamment de la publication par la Direction de l’information légale et administrative (service du Premier ministre) d’une mise en garde vis-à-vis des pratiques de soins non conventionnelles. Ils avancent même une proposition : « transférer l’enveloppe allouée actuellement au remboursement de pratiques non validées scientifiquement, dont les 56 millions d’euros d’homéopathie, vers des soins à l’efficacité connue et des mesures d’éducation sanitaire, de prévention, et valorisant le temps soignant. »
Dans son intervention sur RMC ce jeudi, la ministre de la santé Agnès Buzyn apporte une fin de non recevoir à cette piste en se disant favorable au maintien du remboursement de l'homéopathie, une médecine qui est « probablement un effet placebo » mais « ne fait pas de mal ».
Pour l’heure, dix plaintes ont été déposées mais une seconde vague de procédures pourrait être lancée. « Nous attaquons les médecins qui se sont exposés médiatiquement pour défendre cette tribune et les premiers signataires », explique au « Quotidien » le Dr Sabbah (Union collégiale). « Pour les prochaines plaintes, nous envisageons un tirage au sort parmi les signataires. »
La twittospère en émoi
En attendant, les signataires de la tribune, convoqués ou non, n’ont pas manqué de réagir sur Twitter.
[ attention ceci n'est pas de l'humour]
— Qffwffq (@qffwffq) 10 avril 2018
Pour avoir signé la tribune contre les #FakeMed des syndicats nous attaquent devant le conseil de l'ordre pour : "éviter de faire paniquer la population".
Si vous êtes une population paniquée, contactez nous sur https://t.co/05VUsw5lnb pic.twitter.com/YRshi0c16u
Bonjour Twitter !
— DocZombie (@Zombi_Doctor) 10 avril 2018
Aujourd'hui, dans le cadre des #FakeMed permettez-moi de révélez mon nom : Ropars Vincent. Je suis médecin généraliste remplaçant dans le Finistère. Notez que dans ce thread, c'est la seule fois que je le mentionnerais en public. Pourquoi je le
signale ?
Poursuivi devant l'ordre des médecins pour avoir signé la tribune #Fakemed.
Soutien total; parce qu'une bonne fois pour toutes, de l'eau et du sucre, ça fait du caramel, pas des médocs. https://t.co/KoZhaiNp6C— Princesse T2A (@T2APrincesse) 10 avril 2018Alors autant j’ai pas signé la tribune #FakeMed pour plein de (plus ou moins je suppose) bonnes raisons, autant s’il y a une plainte contre eux, et que ça tourne au sérieux, mes coudes sont avec les leurs. Et mes sous. Et ma voix.
— Jaddo (@Jaddo_fr) 11 avril 2018
Vous aviez un choix à faire entre démagogie et rigueur scientifique.
— Asclépios (@Ascl_Pios) 12 avril 2018
Message reçu. https://t.co/zKUNgUmHsG
#BREAKINGNEWS Gardez vos tickets de caisse de vinyls, la preuve de votre abonnement Netflix. Et envoyez les rue de Ségur, @agnesbuzyn rembourse. Sur l'excédent des comptes de la Sécurité Sociale #Fakemed https://t.co/O8E1fmeJiO
— Christian Lehmann (@LehmannDrC) 12 avril 2018
* L’Union collégiale (UC), le Syndicat des Médecins Indépendants Libéraux Européens, le Syndicat de la médecine homéopathique, le Syndicat des mésothérapeutes français et l’Association pour l’utilisation rationnelle des médecines alternatives.
Santé des soignants : deux prix pour valoriser l’engagement des blouses blanches pour leurs pairs
Accès aux soins psy : l’alerte de la FHF
Directeur d’hôpital, un « métier exigeant et d’engagement » dont il faut « prendre soin », plaide l’ADH
Padhue : Yannick Neuder promet de transformer les EVC en deux temps