Céline Commençons par la France, et par le plus honni de ses grands écrivains : Louis-Ferdinand Céline (1894-1961). Quand on ne parle pas de lui pour louer la révolution dont il est à l’origine, on le voue aux gémonies pour ses écrits antisémites. La récente polémique autour de la réédition de trois de ses pamphlets l’a encore montré. Mais derrière le romancier sulfureux, il y avait un médecin. Au sortir d’une Grande guerre qui l’avait laissé décoré mais blessé et traumatisé, celui qui s’appelait encore Louis Ferdinand Destouches s’est inscrit à la fac de médecine de Rennes. Il a par la suite exercé dans le XVIIIe arrondissement de Paris, à Clichy, à Meudon, mais aussi à Genève… Et il ne s’est arrêté qu’en 1959, deux ans avant sa mort. Ce n’est donc pas un hasard si Bardamu, son héros le plus célèbre que l’on retrouve notamment dans Le Voyage au bout de la Nuit et Mort à crédit, est lui aussi médecin.
Rabelais Est-ce un hasard ? François Rabelais (1494-1553), qui partageait avec Céline l’ambition de révolutionner une langue française que tous deux jugeaient, chacun à son époque, désespérément figée, était aussi médecin. D’abord moine franciscain, puis bénédictin, ce natif de Chinon était avant tout un humaniste qui parcourait la France à la recherche du savoir. À partir de 1530, alors qu’il était déjà âgé de 36 ans, il a suivi les cours de la faculté de médecine de Montpelier et a obtenu le titre de docteur sept ans plus tard. Ses deux ouvrages les plus célèbres (Pantagruel et La vie inestimable du grand Gargantua) ont été publiés (et condamnés par la Sorbonne) durant cette période d’études médicales. Il a par la suite exercé à Lyon, à Montpellier, à Saint-Maur-des-Fossés mais aussi en Italie où il s’est rendu à plusieurs reprises pour accompagner l’évêque de Paris Jean du Bellay (le cousin de Joachim).
Tchekhov Les Français ne sont pas les seuls à compter des médecins parmi leurs écrivains les plus emblématiques. Anton Tchekhov (1860-1904), le pape du théâtre russe, a longtemps considéré la littérature comme un moyen de payer ses études médicales et de nourrir sa famille. « La médecine est ma femme légitime, la littérature, ma maîtresse », écrivait ce petit-fils de moujik en 1888. Le succès éclatant de ses œuvres n’allait pas tarder à démentir ce propos imprudent : en 1889, sa pièce Ivanov fut un triomphe, le premier d’une longue série. Et bien que les faveurs du public ne se soient jamais démenties depuis, Tchekhov n’a jamais vraiment rompu avec la médecine… au moins comme patient : toute sa vie il a traîné une méchante tuberculose, et a fini par en mourir dans un sanatorium allemand en 1904.
Arthur Conan Doyle Dernier exemple : le père du plus célèbre détective de l’histoire littéraire, Sir Arthur Conan Doyle (1859 - 1930), a étudié la médecine à l’Université d’Edimbourg. Après s’être établi comme généraliste dans les environs de Portsmouth en 1881, il s’est progressivement spécialisé en ophtalmologie, et aurait probablement persévéré dans cette voie si le succès littéraire n’était pas venu mettre fin à sa carrière médicale. Conan Doyle était en effet devenu l’esclave de Sherlock Holmes, qui prenait tout son temps. À tel point que quand lassé de son personnage, il a tenté de s’en débarrasser en le précipitant du haut d’une falaise, l’émoi du public (et le chèque que lui proposa son éditeur) l’a contraint à le ressusciter dans Le Chien des Baskerville. Mais ramener un mort à la vie, n’est-ce pas la plus belle des prouesses médicales ?
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