Que reste-t-il des convictions du ministre de la Santé de Jacques Chirac de 2005 à 2007 et de Nicolas Sarkozy de 2010 à 2012 ? À ses sujets d'expertise, Xavier Bertrand a souvent préféré, dans la course à l'investiture LR, s'attarder sur les thèmes régaliens. Sauf pour se positionner comme le principal challenger du chef de l'État. « Monsieur Macron avait promis 10 000 lits de réanimation, on en est à combien aujourd'hui ? Il n'a pas tenu cet engagement », a-t-il taclé sur France Inter, n'hésitant pas à distiller aussi ses conseils de vétéran de l'Avenue de Ségur sur la vaccination. « Il faut accélérer sur la troisième dose, il faut anticiper et réarmer tous les centres de vaccination », a-t-il recommandé.
Dans son manifeste intitulé « Nous France », le mot « santé » n'a qu'une occurrence. « Vieillir en bonne santé » est cité en exemple des « exigences d'égalité » de celui qui s'est longtemps revendiqué comme héritier de la droite séguiniste. En réalité, il n'a l'intention de dévoiler l'intégralité de son projet, avec un volet important sur la santé, qu'une fois désigné par son camp, comme il l'espère.
Sur la question des déserts médicaux, le président de la région Hauts-de-France, qui fut à l'origine du premier plan d'envergure sur la démographie médicale en 2006, ne change pas d'un iota sur sa doctrine incitative. Interrogé sur l'idée d'obliger les jeunes médecins à commencer leur carrière en milieu rural, l'ancien maire de Saint-Quentin a été clair. « Non, les obliger ça ne marchera pas, les jeunes médecins ne sont pas des pions qu'on déplace sur un échiquier, a-t-il affirmé sur France Bleu Gironde. Mais quand ils s’installent en milieu rural, il faut qu’on les décharge complètement de toute la paperasse pour qu’ils puissent soigner, soigner, soigner. »
Gouvernance médicale
S'agissant de l'hôpital, « au bord de l'effondrement », Xavier Bertrand veut « rebâtir un système pour les 20 ans à venir », en mettant l'accent sur les soignants. « La gouvernance de l'hôpital doit être davantage médicale, a-t-il écrit dans « L'Express ». Il propose aussi d'augmenter le nombre de médecins formés et d'engager « un plan massif sur l'attractivité des métiers » dépassant la question des salaires. « Il faudra davantage qu'un Ségur », résume-t-il. Dans les débats télévisés, il a évoqué la nécessité d'en finir avec le mille-feuille administratif.
Celui dont le tout premier maroquin fut le secrétariat d'État à l'Assurance-maladie (sous le ministre Philippe Douste-Blazy) s'est positionné fermement contre le scénario de la Grande Sécu. Cette hypothèse entraînerait à ses yeux une « fonctionnarisation » des libéraux mais aussi « des déremboursements en rafale qui toucheraient en priorité les classes moyennes et les catégories populaires », a mis en garde l'ancien agent d'assurances.
Le candidat assume ne pas vouloir porter de grande réforme sociétale dans le prochain quinquennat pour faire une « pause ». Xavier Bertrand promet en revanche, dès 2022, une loi sur le handicap. À chaque fois, les textes sur ce sujet ont été portés par la droite, aime rappeler celui qui se revendique du gaullisme social. Dans le même temps, il n'hésite pas à adresser des signaux à la frange la plus à droite de sa famille politique en promettant une politique vigoureuse de lutte contre la fraude sociale — via une nouvelle carte Vitale biométrique « dès l'été 2022 » ou en annonçant la suppression de l'aide médicale d'État (limitée aux soins urgents et vitaux).
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