Ce jeudi, la députée du Nord Charlotte Lecocq était auditionnée devant la commission des Affaires sociales de l'Assemblée nationale à propos de son rapport sur la santé au travail (rédigé avec Henri Forest, ancien secrétaire confédéral de la CFDT et Bruno Dupuis, consultant en management) qui préconise la création de guichets uniques régionaux pour simplifier, améliorer la prévention des salariés et mieux accompagner les entreprises.
Devant les députés des différents groupes, Charlotte Lecocq a exprimé son ressenti « du terrain ». Elle a constaté que les services de santé au travail, connus de tous, étaient les acteurs « naturels » de proximité. Pour autant, leur image est entachée car pour le salarié, le médecin du travail n'est pas « l'interlocuteur privilégié » et il n'ose pas toujours lui faire part de ses problèmes comme il le ferait avec son médecin généraliste.
Par ailleurs, médecine de ville et médecine du travail restent cloisonnées, ce qui rend difficile la continuité du suivi des pathologies. À cela s'ajoute un nombre « décroissant » de médecins du travail (5 000 en poste), rappelle le rapporteur du rapport. Sur le terrain, beaucoup d'entre eux se disent d'ailleurs frustrés de ne pas pouvoir répondre à toutes les demandes. « Et un tiers d'entre eux vont partir à la retraite d'ici à cinq ans, rappelle la députée Lecocq. C'est renforcé par le désamour de la discipline au sein des facultés. »
Fin de la proximité ?
Les entreprises, de leur côté, se sentent démunies face à la prévention et la santé au travail, indique la députée LREM. « Souvent, il y a l'impression que la santé au travail est abordée sous l'angle de l'obligation et de la sanction, mais pas sous celui de l'opportunité ou de l'intérêt pour l'entreprise », explique Charlotte Lecocq.
Plusieurs députés de l'opposition ont pointé du doigt une disparition de la proximité avec la mise en place de ces guichets uniques, qui réuniront sur un même lieu les services de santé au travail interentreprises, les représentations régionales de l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail (ANACT), et les agents chargés de la prévention au sein des Carsat (assurance-maladie).
« Cette proximité va disparaître, alors que l'on compte actuellement 250 services de santé au travail interentreprises et 640 services de santé autonomes pour 18 millions de salariés », regrette notamment le député Gérard Cherpion (Les Républicains). Une affirmation réfutée par les auteurs du rapport, qui soulignent que ces guichets uniques seront implantés « au niveau du bassin d'emplois ».
Pour garder une proximité avec le salarié, ils espèrent aussi pouvoir miser sur le dossier médical partagé (DMP). « Nous proposons qu'il soit ouvert avec un volet sur les risques professionnels, explique Henri Forest. Il y a deux obstacles pour le moment, un obstacle législatif qui empêche d'ouvrir le DMP aux acteurs de la santé au travail, et un obstacle dans la mentalité, car il y a cette césure entre généralistes et services de santé au travail. Il faut s'en affranchir pour que le parcours d'une même personne soit continu. »
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