Dérapage contrôlé ou maladresse verbale ? Les récentes déclarations du Premier ministre sur les arrêts de travail pour maladie ont été plus ou moins bien appréciées par les représentants des médecins libéraux. Dans l'entretien accordé au « Journal du dimanche », Édouard Philippe a indiqué que « chaque année, un peu plus de dix milliards d'euros sont consacrés à l'indemnisation des salariés arrêtés, et ce volume progresse de plus de 4 % par an. En trois ans, le nombre de journées indemnisées est passé de onze à douze par an et par salarié du privé ». Pour le locataire de Matignon, « c'est comme si notre pays avait instauré un jour de congé supplémentaire ».
Ce rapprochement syntaxique entre arrêt maladie et jour de congé a aussitôt fait bondir l'Union française pour une médecine libre (UFML-Syndicat). « Le Premier ministre sous-entend-il une défiance à l’égard des médecins dans leur dispensation (complice) des arrêts de travail et à l’égard des patients dans leur demande (injustifiée) ? », tempête le syndicat.
L'UFML rappelle que « les médecins prescrivent des arrêts de travail à leurs patients, tout au long de l'année et sur tout le territoire, mais ils ne prescrivent pas de jours de congés ». « Les médecins hospitaliers ou de ville n'ont pas à respecter de quotas mesurés à l'impact économique de ces arrêts de travail mais à déterminer à chaque instant la nécessité médicale d'une telle prescription », a ajouté le syndicat.
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— DrMartyUFML-S (@Drmartyufml) 27 août 2018
Assimilation aux arrêts de complaisance
Interrogés par « le Quotidien », MG France, la FMF et le SML ont unanimement déploré « la maladresse verbale du Premier ministre ». « C'est particulièrement maladroit. On assimile encore arrêts de travail aux arrêts de complaisance. Il [Edouard Philippe, NDLR] prend les Français pour des tirs aux flancs », réagit le Dr Margot Bayart, vice-présidente de MG France. Celle-ci rappelle « qu'un arrêt maladie correspond à une prescription médicale qui a du sens par rapport à une problématique. S'interroger sur la hausse des arrêts de travail, c'est s'interroger sur les causes. Dans ma pratique, c'est une souffrance, un épuisement professionnel…. »
« Cette tentative de transfert vers les entreprises [de la prise en charge des indemnités journalières, NDLR] visait à mettre la pression sur celles-ci. Mais comme toujours, cela va se répercuter sur les salariés et les prescripteurs. Sur ce dossier, j'aimerais avoir davantage de chiffres précis pour mieux comprendre », ajoute le Dr Jean-Paul Hamon, président de la FMF.
Le SML va plus loin en plaidant en faveur d'une réforme en profondeur du système d'arrêt de travail. Son président, le Dr Philippe Vermesch, suggère notamment d'harmoniser les règles d'indemnisation des arrêts de travail entre le public et le privé (aujourd'hui un jour de carence pour les salariés du public et trois jours pour le privé) et de soumettre les prescriptions d'arrêts longs, « au-delà de cinq jours, à une mise sous entente préalable par les médecins conseils de l'assurance-maladie ».
Pas une attaque directe
De son côté, le président de la CSMF, le Dr Jean-Paul Ortiz, avoue n'avoir pas pris cette déclaration comme « une attaque directe vis-à-vis des prescripteurs mais comme un signal à l'ensemble des acteurs, en particulier le monde de l'entreprise ». « La hausse du nombre d'arrêts de travail doit être renvoyée à l'organisation du travail, le management, la pression au travail. Néanmoins, cette comparaison peut entretenir une ambiguïté », reconnaît le patron de la CSMF.
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