« DANS NOTRE pays, on attend que la loi précise ce qu’est un acharnement thérapeutique ou une obstination déraisonnable », explique Jean Leonetti en ouverture du colloque consacré à la fin de vie, début février à l’Assemblée nationale. « La loi ne doit pas être contraignante, mais rester un guide, car la clé reste la parole et le dialogue », précise-t-il. Débrancher un patient ne relève pas d’un droit, mais d’un pur problème éthique. « Le confort de la foi et de la religion offre une vérité révélée, alors que la morale établie ne permet que de suivre des règles posées par la société », explique le député.
Au-delà de toute discussion philosophique, il invite les médecins au doute utile et fertile qui permet d’agir ou pas. « Chaque vie ou mort est différente et pour décider il faut d’abord accepter ce doute et l’assumer ». Il déplore que la mort reste taboue dans notre société. « Nous sommes même parvenus à la blanchir par la médicalisation et l’on demande aux médecins de s’en occuper », poursuit-il. « La bonne mort et celle qui passe inaperçue, la plus tardive possible. Aujourd’hui, notre monde prône la jeunesse, la rentabilité, l’efficacité et dénigre tout ce qui s’éloigne de la force. »
Le juste soin.
Les blouses blanches craignent de ne pas faire tout ce qu’il faut et de se le voir reproché. « Pourtant dans la vie, en médecine comme en politique, tout ce qui est possible n’est pas forcément souhaitable », avoue le député. Entre la bienveillance et la tentative de guérison, les médecins conservent l’obligation d’accompagner et de soulager. « Dans ce conflit de valeurs, il semble improbable d’opposer la science à la morale, le bien au mal. Les nouveaux traitements peuvent bousculer la morale établie, mais en réalité nous naviguons entre l’autonomie et la vulnérabilité. Il y avait un sachant qui pouvait imposer sa vision au souffrant fragile. Cette forme de paternalisme médical aboutit à une forme de violence habillée de bienveillance et le malade s’est cru prisonnier, menacé d’abandonner sa parole », estime Jean Leonetti, qui refuse d’entendre parler de vide juridique sur cette question, sous prétexte qu’une loi ne peut prévoir la résolution des cas individuels. « Il faut suivre des valeurs en les adaptant aux circonstances et à la personne ». « La parole des malades n’est pas entendue et la loi n’est pas appliquée », déplore-t-il.
« Peut-on mettre sur le même pied le raccourcissement de la vie et le soulagement de la souffrance ? » s’interroge Jean Leonetti. Les directives anticipées restent aujourd’hui une simple orientation, un contrat moral. Les rendre désormais plus contraignantes comme en Espagne, faciliterait sans doute l’exercice des blouses blanches.
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