LORSQU’ALINE STREBLER, médecin généraliste, et Claude Valentin, pédiatre, ont présenté leur idée de diplôme universitaire à Christian Hervé, directeur du Laboratoire d’éthique médicale et de médecine légale à l’université Paris V-Descartes, le praticien n’a pas eu la moindre hésitation. C’est d’ailleurs lui qui a eu l’idée du titre de ce nouveau DU : « Éthique, esthétique et dignité humaine ». Face à une médecine de plus en plus scientifique, technique et comptable, l’objectif de cet enseignement est de redonner de « la noblesse à la fonction », de retrouver l’esprit du serment d’Hippocrate.
Les deux coordinateurs de ce DU, qui se connaissent depuis une vingtaine d’années, ont des expériences très différentes de la médecine mais sont arrivés, à un moment de leur pratique, au même constat : s’il veut s’inscrire dans une médecine d’avenir, le praticien doit aller au-delà de sa fonction de prescripteur et réfléchir à toutes formes de soin dans son cabinet mais aussi « hors les murs ».
De son côté, le Dr Aline Strebler, médecin généraliste qui s’est également formée à la médecine traditionnelle chinoise, a peu à peu introduit l’art dans sa pratique, car elle se trouvait parfois « démunie » face à la demande de certains patients. « On a des possibles avec l’art », que ce soit en tant que spectateur ou créateur, témoigne-t-elle. « Il m’est arrivé d’accompagner des patients à des expositions quand ils n’allaient pas bien ou simplement d’échanger nos points de vue. D’autres m’apportent leur œuvre. C’est un dialogue à trois qui s’installe. »
Pédiatre et s’occupant des adolescents en placement judiciaire, le Dr Claude Valentin, qui s’est également tourné vers la philosophie, a travaillé sur la dalle d’Argenteuil (95) auprès d’adultes SDF. Mais à bout de souffle, il a eu le besoin de prendre de la distance avec « l’étude de la beauté ».
Le projet de DU, sur lequel ils ont travaillé trois ans, répond à ce besoin commun et vise à « donner aux personnels médicosociaux, institutionnels ou libéraux, les moyens de prendre en charge les problèmes spécifiques de santé au-delà d’une prestation médicale classique ». Mais il ne s’agit pas d’art-thérapie, préviennent-ils. « Il ne faut pas faire seulement confiance à l’art. C’est un outil à manier. Le thérapeute doit accompagner cette démarche », précise Aline Strebler.
Spécialistes et artistes.
Le DU réunit des universitaires de renom venus d’horizons divers : médecine, sciences sociales, droit, enseignement, art. Son originalité réside dans l’approfondissement des interactions entre monde du soin et monde de l’art. Ancien membre du Comité consultatif national d’éthique (CCNE), le Dr Sadek Beloucif, anesthésiste à Bobigny (93), montrera, par exemple, comment on peut apprendre la sémiologie à travers des textes littéraires comme celui de « Madame Bovary ». L’immunologiste Jean-Claude Ameisen expliquera le cheminement artistique qu’il a poursuivi, avec le plasticien François Arnold, dans son ouvrage « les Couleurs de l’oubli » (Editions de l’Atelier, 2 008) sur les peintures de personnes atteintes d’Alzheimer. Le Pr Jean-Pierre Changeux défendra, quant à lui, une neuro-esthétique. Le peintre-sculpteur Gérard Garouste présentera l’association La Source, qu’il a fondée avec des éducateurs de l’Eure pour accompagner l’action éducative d’une activité artistique.
Les intervenants ne manquent pas pour ce DU qui s’étale sur deux ans à raison de deux jours par mois (les vendredis et samedis). L’obtention du diplôme sera validée par l’assiduité et la participation aux stages pratiques ainsi que par la soutenance d’un mémoire sur un projet innovant ou une présentation d’expérience. Cet enseignement s’inscrit dans la lignée de la convention « Culture et santé » signée le 6 mai dernier entre les ministres Frédéric Mitterrand et Roselyne Bachelot, convention qui réaffirme l’importance des actions culturelles et artistiques au sein des établissements de santé et médico-sociaux (« le Quotidien » du 11 mai 2010). « Nous voulons, avec ce DU, redonner de la couleur à l’art médical », s’enthousiasment Aline Strebler et Claude Valentin. Et par ce biais, entre autres objectifs, lutter contre le burn-out des praticiens.
Renseignement et inscription : tél. 01.42.86.41.32, www.univ-paris5.fr/spip.php?article3543.
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