L'autoconservation ovocytaire (ACO) pour des raisons non médicales est encore loin de faire consensus mais son ouverture, assortie de limites (notamment en termes d'âge), semble gagner la faveur des femmes, selon une étude du centre d'éthique clinique de l'Hôpital Cochin, présentée ce jour à la maternité de Port-Royal, dans le cadre d'une journée sur les « enjeux éthiques et sociétaux de la vitrification ovocytaire ».
« L'autoconservation ovocytaire pour raisons dites sociétales est-elle une bonne idée au plan éthique ? », s'interrogent les auteures Laurence Brunet (juriste) et Véronique Fournier (médecin), Dominique Mehl (sociologue), et Geneviève Delaisi (psychanalyste). En France, contrairement à l'Espagne, l'Italie, ou la Grande-Bretagne, l'autoconservation n'est autorisée que pour les femmes nécessitant une préservation de leur fertilité pour raison médicale ou dans le cadre d'un don d'ovocyte, dans l'éventualité où la femme se retrouverait confrontée, à l'avenir, à une situation d'infertilité (et sous réserve que le nombre d'ovocytes ponctionnés soit suffisant pour le don).
Au cours d'entretiens d'une heure, menés entre novembre 2013 et octobre 2015, les auteurs de l'étude ont sondé trois groupes : des femmes en âge de procréer et sans enfant, âgées de 25 et 43 ans, des gynécologues non spécialistes de l'infertilité, et des femmes ayant eu recours à un don d'ovocytes pour procréer, à un âge avancé.
L'autoconservation peu susceptible d'augmenter les grossesses tardives
Émerge du premier groupe de femmes (36, dont 17 entre 25 et 30 ans, 10 entre 30 et 36 ans, et 9 entre 37 et 43 ans) la revendication d'une levée de l'interdiction d'accès à l'ACO pour raison d'âge, au nom de la liberté procréatrice. Mais dans le même temps, ces femmes ne sont pas convaincues de l'intérêt pour elles-mêmes d'avoir recours à la vitrification de leurs gamètes, qui est surtout évoquée dans le but de se donner plus de temps pour trouver le bon partenaire pour faire sa vie. Elles n'envisagent pas non plus une maternité après 45 ans.
« Les femmes rencontrées plaident pour une ouverture de l'ACO, mais pas pour une incitation à y avoir recours », distinguent les auteurs. « Pour elles, l'ACO ne serait pas une raison de repousser au-delà d'un seuil raisonnable l'âge de la maternité », poursuivent-elles, estimant que l'ouverture de la vitrification ovocytaire pour raisons sociétales serait donc peu susceptible d'augmenter le nombre de grossesses tardives.
À l'égard de la collectivité, ces femmes demandent la reconnaissance de leur autonomie (avec une ouverture de l'ACO pour raisons non médicales), mais elles sont favorables à l'encadrement de cette pratique, via une limite d'âge. Elles restent divisées sur une éventuelle prise en charge par la sécurité. Les plus réticentes avancent le fait que la solidarité nationale est déjà trop sollicitée ; les plus favorables veulent ainsi lutter contre les inégalités sociales.
Des gynécologues peu enthousiastes mais prêts à soutenir les patientes
Les auteurs ont rencontré 19 gynécologues, 15 femmes et 4 hommes, en Ile-de-France, et en province (Marseille, Aix-en-Provence, Toulouse, Morlaix). Leur position : peu d'enthousiastes à l'égard de cette technique, ils seraient prêts à soutenir les femmes qui y auraient recours. Comme leurs patientes, ils prônent une ouverture assortie d'un encadrement législatif, et sont plutôt opposés à un remboursement par la sécu.
Leurs arguments sont peu médicaux et rejoignent ceux des femmes : les partisans évoquent la liberté procréative, les plus hostiles craignent que les femmes reculent l'âge de leur maternité, avec le risque de nourrir de faux espoirs.
À noter, la plupart des gynécologues évoquent la difficulté à aborder le sujet en consultation.
Enfin, 8 femmes ayant eu des enfants par don d'ovocytes en raison de leur âge ont été questionnées. Elles se montrent très favorables à l'ACO, par défaut : pour éviter à d'autres le recours à un don d'ovocyte extérieur, une expérience qu'elles disent avoir mal vécu.
L'étude du CEC souligne un « argument fort en faveur de l'autoconservation ovocytaire pour raison d'âge, même s'il émerge en négatif » et voit un paradoxe entre le soutien collectif au don, et l'interdiction de l'ACO pour raisons non médicale.
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