Chez des patients en surpoids ou en obésité et ayant une maladie de Crohn (MC) en rémission, l’alimentation restreinte dans le temps (TRE) – une forme de jeûne intermittent restreignant la prise alimentaire sur une période de 8 heures – permet une réduction de l’activité de la maladie et des douleurs abdominales, ainsi qu’une perte de poids associée à une amélioration des paramètres métaboliques, selon une étude randomisée menée chez 35 participants.
« Cette étude montre que si la perte de poids est un résultat important chez les personnes en surpoids et atteintes de la maladie de Crohn, la TRE offre des avantages supplémentaires qui vont au-delà de la simple perte de poids […]. Nous avons observé […] des modifications prometteuses de la flore intestinale, ce qui suggère que le jeûne intermittent pourrait aider les patients à maintenir une rémission durable de la maladie de Crohn », a précisé l’autrice senior, la Pr Maitreyi Raman de l'Université de Calgary, dans un communiqué de la Crohn's & Colitis Foundation qui finance ces travaux avec Litwin IBD Pioneers Grant et Imagine Network.
Récemment, une équipe de la faculté de médecine de Stanford (États-Unis) a montré dans un essai contrôlé randomisé qu’une réduction de l’apport calorique cinq jours consécutifs par mois (dit mimant le jeûne ou fasting-mimicking diet) améliorerait significativement les symptômes physiques et les marqueurs biologiques dans les formes légères à modérées de la maladie de Crohn. Et d’autres ont mis en évidence que le jeûne intermittent était une méthode efficace pour la perte de poids, au même titre que le régime méditerranéen ou les régimes hypocaloriques, dans le surpoids et l’obésité.
Un type de jeûne à explorer dans d’autres Mici
Dans cette étude, les auteurs ont inclus durant 12 semaines 35 patients adultes en surpoids ou en obésité atteints de la MC et les ont randomisés dans deux groupes : l'un avec jeûne intermittent de type TRE (n = 20), l'autre avec leur régime habituel (n = 15). Dans ce régime TRE, il n’y avait pas de restriction calorique six jours par semaine et la prise alimentaire quotidienne était autorisée sur une durée de 8 heures suivie d’un jeûne de 16 heures.
Au terme de la période d’intervention, les auteurs rapportent dans le groupe TRE une réduction de 40 % de l’activité de la MC (index Harvey – Bradshaw), une baisse de 50 % de l’inflammation (CRP et cytokines anti/pro-inflammatoires), une perte de poids moyenne de 2,5 kg associée à une perte de graisse viscérale, ainsi qu’une amélioration des paramètres métaboliques (réduction des taux de leptine, adipokine et PAI-1 pour plasminogen activator inhibitor-1). Le groupe TRE a aussi présenté une augmentation de la diversité microbienne et un enrichissement en bactéries bénéfiques. L’adhérence au TRE était en moyenne de 95 %. Dans le groupe contrôle, les auteurs ont observé l’absence d’amélioration de la MC ainsi qu’une prise de poids moyenne de 1,7 kg.
« Ces changements n'étaient pas simplement dus à la qualité de l'alimentation ou à la restriction calorique, car les deux groupes consommaient des aliments et des quantités similaires, ce qui indique que le moment des repas lui-même pourrait jouer un rôle unique dans le soutien de la santé digestive et immunitaire, expliquent les auteurs. Si la perte de poids a contribué en partie aux bénéfices observés, les variations métaboliques, inflammatoires et immunologiques suggèrent un rôle mécanistique distinct du TRE sur la modulation de la biologie du tissu adipeux et de l’homéostasie immunitaire ».
« Les personnes atteintes de la maladie de Crohn recherchent souvent des outils pratiques pour soutenir leur santé en plus des médicaments, a conclu la Pr Natasha Haskey de l'Université de Colombie-Britannique, première autrice. Nos recherches suggèrent que l'alimentation restreinte dans le temps peut être une option durable fondée sur la biologie, offrant aux patients davantage de moyens de gérer leur propre bien-être ». L’équipe évoque désormais le besoin d’essais à plus grande échelle pour confirmer la sécurité et l'efficacité à long terme du TRE pour des groupes plus larges de patients atteints de maladies inflammatoires chroniques de l’intestin.
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