Avec la publication de deux études indépendantes l’une de l’autre, étudiant les effets des PFAS et des perturbateurs endocriniens sur les enfants à naître, les éléments de preuve s’accumulent sur les risques d’une exposition environnementale à certaines substances chimiques lors de la grossesse.
« L'eau potable contaminée aux PFAS nuit aux nourrissons », conclut la première étude, publiée le 8 décembre dans la revue Pnas et réalisée par des chercheurs américains dans l'État du New Hampshire.
Quasi indestructibles et présents dans quantité d'objets, les per- et polyfluoroalkylées, autrement qualifiés de « polluants éternels », s'accumulent avec le temps dans l'air, le sol, l'eau, la nourriture et, in fine, dans le corps humain, notamment dans le sang, les tissus du rein ou du foie. En France, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) vient de montrer que l’un d’eux, le TFA, était omniprésent dans l’eau du robinet.
Dans l’étude publiée dans les Pnas, les scientifiques ont évalué à quel point un bébé pouvait pâtir à la naissance d'une exposition à ces polluants pendant la grossesse, période particulièrement vulnérable par rapport à l'environnement. Ils ont identifié une quarantaine de sites industriels pollués dans le New Hampshire puis ont comparé les données sur plus de 10 000 grossesses entre 2010 et 2019, selon que les mères habitaient en amont ou en aval des sites contaminés par les PFAS.
Mortalité infantile triplée et surrisque de naissance prématurée et de petit poids
Les enfants nés de mères vivant en aval d’un site pollué avaient un risque de mourir avant un an augmenté de 191 % comparés aux enfants du premier groupe, soit 611 décès supplémentaires pour 100 000 naissances. Si ces chiffres sont à nuancer au regard du nombre relativement faible de décès, le risque d'événements plus courants est aussi augmenté, comme celui d’une naissance prématurée (+ 68 %) ou un faible poids à la naissance (+ 180 %).
Certains spécialistes comme le chimiste Ovokeroye Abafe (Brunel University of London) considèrent que la méthodologie permet mal de distinguer l'effet des PFAS d'autres polluants issus des mêmes sites. Mais d’autres comme la Pr Neena Modi, professeure en néonatalogie à l'Imperial College London, estiment que ces risques ont été minimisés et le lien de causalité est presque établi : « c'est une étude importante car les conséquences des PFAS sur les fœtus et les nouveau-nés sont une inquiétude majeure à travers le monde », réagit-elle auprès du Science Media Centre.
Une substitution entre phénols pas si vertueuse
Parallèlement, une étude européenne portée par l’Inserm, publiée ce 10 décembre 2025 dans le Lancet Planetary Health, examine les conséquences de l'exposition aux « phénols », omniprésents dans des emballages alimentaires ou des cosmétiques. L'un d'eux, le bisphénol A, a vu son usage très encadré dans l'Union européenne et même interdit en France dans l'alimentation.
L'étude Inserm, en collaboration avec le CNRS, l’Université Grenoble Alpes (UGA), le centre hospitalier universitaire Grenoble Alpes (CHU), et le Barcelona Institute for Global Health (ISGlobal), souligne les problèmes posés par certains produits de remplacement. Le bisphénol S, perturbateur endocrinien reconnu, serait ainsi associé à une plus grande fréquence de troubles comportementaux chez les garçons dont la mère a été exposée au troisième trimestre de la grossesse. Même constat, incluant cette fois les filles, pour un autre phénol, le méthylparabène, perturbateur endocrinien suspecté. « C‘est particulièrement préoccupant, car le bisphénol S est utilisé comme un substitut du bisphénol A. De plus en plus d’études suggèrent des effets néfastes sur la santé, alors que nous sommes de plus en plus exposés à cette substance », explique dans un communiqué Claire Philippat, chercheuse à l’Inserm et dernière autrice de cette étude. Aucun effet cocktail, issu du mélange des différents phénols, n’a en revanche été observé.
Les conclusions se basent sur deux cohortes, la première, composée de 1 080 mères et de leurs enfants recrutés à Barcelone entre 2018 et 2021, et la seconde, de 484 mères et de leurs enfants recrutés dans la région grenobloise entre 2014 et 2017. L’équipe s’est intéressée aux conséquences de l’exposition à 12 substances suspectées ou reconnues comme des perturbateurs endocriniens (en plus des bisphénols, des parabènes et d’autres composés phénoliques comme le triclosan), mesurée via des prélèvements d’urine répétés (jusqu’à 42 pendant la grossesse, versus trois maximum pour les études antérieures). Après la naissance, le comportement des enfants a été évalué entre 1,5 an et 2 ans à l’aide du Child Behaviour Checklist (CBCL), un questionnaire rempli par l’un des parents pour dépister d’éventuels troubles du comportement (difficultés d’attention, troubles anxieux, dépressifs ou agressifs).
Si à l'échelle d'une femme enceinte, ces effets changent peu la donne, ils représentent un enjeu important de santé publique vu la large exposition à ces substances. « Sur ce type d’étude, on raisonne toujours en risque populationnel et non pas individuel », explique Claire Philippat. Et de plaider pour durcir la réglementation sur ces produits qui, à l'inverse de certains polluants éternels, peuvent vite être éliminés par l'organisme.
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