Pour vérifier l'hypothèse selon laquelle une perte de diversité du microbiote intestinal pourrait être un facteur prédictif de Covid-19, la société française de biotechnologie Luxia Scientific et l'institut de recherche médical de la clinique Saint-Jean l’Ermitage à Melun ont lancé le 30 avril l'étude pilote observationnelle ÉDIFICE (Évaluation Diagnostique du microbiote Intestinal des Français Infectés par le Coronavirus dans une Étude pilote).
« Notre étude vise à vérifier s'il y a ou non un intérêt à suivre la composition du microbiote chez les patients Covid-19 », indique la Pr Alessandra Cervino, promoteur de l'étude et fondatrice de Luxia Scientific.
Identifier des biomarqueurs
Pour cela, l'étude devrait inclure 160 personnes : 80 patients hospitalisés pour une infection Covid-19 sévère et 80 personnels médicaux et paramédicaux (groupe contrôle).
« Nous allons regarder à quatre semaines si les patients sont passés en réanimation ou s'ils sont décédés, explique la Pr Cervino. Nous allons pouvoir corréler la présence du virus et la composition du microbiote avec les différents paramètres cliniques et l'évolution de la maladie. Nous espérons trouver des marqueurs de mauvais pronostic ».
Pour cela, un prélèvement de selle va être réalisé à l'inclusion et sera réparti en deux tubes, l'un permettra le séquençage génétique de l'ensemble du microbiote, le second sera utilisé pour la réalisation d'une PCR virale. Un questionnaire de suivi est également prévu pour l'ensemble des participants, et un séquençage génétique du virus va être réalisé pour les 15 premiers patients pour caractériser le virus et identifier d'éventuelles mutations.
Vers une étude interventionnelle
Les premiers résultats de cette étude sont attendus au début de l'été. « Par la suite, une autre étude clinique pourra évaluer au niveau interventionnel l'intérêt d'avoir de tels biomarqueurs par le biais de probiotiques ou de thérapeutiques », avance la Pr Cervino.
Plusieurs éléments ont conduit la Pr Cervino et son équipe à lancer cette étude sur le microbiote : la présence du virus dans les selles chez près de la moitié des patients, la forte expression du récepteur ACE2 (qui permet l'entrée du SARS-CoV-2 dans les cellules) dans certains types de cellules digestives et les symptômes gastro-intestinaux rapportés chez les patients Covid-19. « Une récente étude chinoise parue sur Medrxiv (non revue par les pairs) a par ailleurs montré le potentiel prédictif du microbiote intestinal dans sa capacité à prédire les cas graves », a également noté la Pr Cervino.
Encadré - Prevotella, une bactérie responsable des formes graves ?
Selon une étude publiée en preprint en février, la bactérie Prevotella, que l'on retrouve dans le microbiote intestinal, oral et vaginal, serait à l'origine des formes graves de Covid-19. Dans un point explicatif, l'INSERM explique que selon la théorie développée dans cette étude, le SARS-CoV-2 serait un virus bactériophage de Prevotella et qu'il la rendrait plus agressive, d'où les altérations pulmonaires. Toutefois, « le SARS-CoV-2 ne possède pas les caractéristiques qui pourraient faire de lui un bactériophage », explique l'INSERM. L'institut déplore les nombreuses théories qui ont découlé de cette étude, alors qu'« à ce jour, aucune donnée solide ne montre une présence accrue de bactérie Prevotella chez les patients atteints de Covid-19 ».
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