Hausse des hospitalisations mais stabilité du nombre d’amputations : le dernier Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) de Santé publique France, publié ce 17 février 2026, dessine une singularité française dans la prise en charge des complications podologiques liées au diabète en France. Ce constat traduit des prises en charge « défaillantes pour prévenir les plaies chez (les) personnes à risque », résume dans l’éditorial la Pr Agnès Hartemann, chef du service de diabétologie de l'hôpital de la Pitié-Salpétrière (AP-HP).
Entre 2012 et 2022, les hospitalisations pour plaies du pied (PPd) sont passées de 692 à 1 006 pour 100 000 hommes traités pour diabète, et chez les femmes, de 452 à 538 pour 100 000, selon une analyse des données du système national des données de santé (SNDS) et de l’étude Entred 3. Le taux d’amputations des membres inférieurs (AMI) est lui resté globalement stable, avec une légère baisse des amputations majeures et une hausse des amputations mineures.
Ces tendances sont en contraste avec ce qui est observé à l’international. Dans de nombreux pays, comme la Belgique, la Suède, l’Italie ou l’Allemagne, l’incidence des AMI connaît une diminution globale, avec parfois une baisse des AMI majeures et une hausse des mineurs. Cette trajectoire pourrait traduire une meilleure stratégie préventive des AMI majeures. En France, « la forte hausse de l’incidence des hospitalisations pour PPd observée durant cette période pourrait indiquer un recours à l’hospitalisation, potentiellement dans une optique de prévention des AMI, qu’elles soient mineures ou majeures », analysent les auteurs. Pour la Pr Hartemann, si la stabilité des amputations est un « progrès », « notre système de soins n’est pas organisé de manière assez efficace pour prévenir cette complication ».
D’importantes disparités persistent
La tendance nationale globale masque tout de même d’importantes disparités régionales. Les Hauts-de-France, la Bourgogne-Franche-Comté et l’Occitanie présentent les taux d’incidence les plus élevés de plaies du pied, tandis que les départements et régions d’outre-mer (DROM) affichent des taux d’amputations particulièrement préoccupants. À La Réunion par exemple, le taux d’incidence standardisé des hospitalisations pour AMI est de 335 pour 100 000, contre 236 en France hexagonale. Les patients réunionnais amputés sont également plus jeunes (66 ans en moyenne contre 71,5 ans dans l'Hexagone) et présentent une sévérité rénale deux fois supérieure. Dans certaines régions, « l’incidence des AMI est très élevée contrastant avec une incidence des PPd faible, reflétant potentiellement une prise en charge trop tardive », soulignent les auteurs.
Les disparités sont aussi socio-économiques. Les personnes résidant dans les communes les plus défavorisées ont un risque accru de 34 % d’hospitalisation pour plaies du pied que celles des communes les moins défavorisées. Pour les amputations, le risque est 44 % plus élevé. « La précarité a un impact négatif majeur sur la survenue et l’évolution des plaies du pied diabétique », est-il résumé. « Il manque visiblement des professionnels de proximité accessibles pour les personnes en désavantage social », souligne la Pr Hartemann.
Un recours insuffisant aux mesures préventives
Dans ce contexte, le recours aux mesures de prévention reste insuffisant, malgré les recommandations de la Haute Autorité de santé (HAS) et des avancées récentes comme le remboursement à 100 % d’un forfait podologique pour les patients diabétiques. En 2019, seulement 40 % des personnes atteintes de diabète de type 2 ont bénéficié d’un test de sensibilité des pieds et 20 % ont consulté un pédicure-podologue dans l’année. Par ailleurs, seuls 5 à 20 % des patients ont pu bénéficier du forfait podologique, un taux « qui ne s’est pas amélioré depuis 2007 », déplore la Pr Hartemann.
Une étude qualitative menée par la Fédération française des diabétiques montre pourtant l’impact psychosocial majeur des complications : baisse de l’estime de soi, isolement social et charge mentale accrue pour les patients et leurs proches. « Terrible. Au début de la maladie, on ne sait pas comment marcher. Vous embêtez toute la famille […] C’est très dur », témoigne un patient.
Pour inverser la tendance, plusieurs pistes émergent : renforcement de la prévention précoce, amélioration de l’accès aux soins de podologie, meilleure structuration des soins, éducation thérapeutique… « Une organisation des soins adaptée peut réduire significativement l’impact de la précarité sur les complications du pied diabétique », est-il indiqué.
Dr Vincent Pradeau (Avenir Spé) : « Les spécialistes libéraux sont mobilisés et remontés comme jamais ! »
Le pilotage de précision des grossesses sous immunosuppresseurs
Sarcoïdose : souvent thoracique, mais pas que
Savoir évoquer une dermatose neutrophilique