Mieux comprendre les patients avec acidocétoses répétées

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Publié le 06/09/2021

Précarité et lassitude ne suffisent pas à expliquer la récurrence d’acidocétose chez certains patients. Des troubles de la personnalité et des atteintes psychopathologiques ont été observées.

Crédit photo : phanie

Certains patients avec du diabète de type 1 (DT1) présentent plusieurs épisodes d’acidocétoses (AC) par an. On a invoqué surtout une lassitude de prise en charge de la pathologie et une importante et fréquente précarité psychosociale chez ces patients. Mais ces explications ne suffisent pas.

Les auteurs de ce travail ont comparé deux groupes de sujets avec DT1, en majorité (63 %) des hommes, de 30 ans. 23 cas présentant au moins deux épisodes d’AC dans les 12 derniers mois ont été parfaitement appariés à 23 autres, sans épisode d’AC (1).

Les auteurs ont utilisé différents questionnaires spécifiques, validés et complémentaires, explorant l’anxiété, la dépression, l’impulsivité, les relations humaines, une autoévaluation du mal-être, les troubles du comportement alimentaire et, enfin le Paid (difficultés à gérer le diabète). Ainsi un trouble du comportement alimentaire est souvent associé à de l’anxiété, voire une dépression et des comportements impulsifs.

Au total, les cas avaient des taux d’HbA1c plus élevés que les témoins (10,1 % contre 8,57 % ; p = 0,02).Par rapport aux témoins, les personnes atteintes d’AC récurrentes avaient des scores plus élevés sur tous indicateurs : BAI (p = 0,004), Paid (p = 0,004), Ders (p = 0,001) et le Sapas (p < 0,001).16 d’entre eux (69,6 %) ont été dépistés positifs pour un trouble de la personnalité, contre seuls 6 des 23 (26,1 %) témoins.

Conclusion, cette étude montre que les patients DT1 avec récurrence d’acidocétose ont des niveaux supérieurs d’anxiété et de détresse, ainsi que des difficultés de gestion des émotions (16/23) en comparaison à des sujets DT1 sans récurrence d’AC (6/23).

Il est reste à déterminer si l’apparition d’un DT1 a induit ces signes de souffrance ou les a aggravés, sur un fond de personnalité dysfonctionnelle ayant précédé le diabète. D’autres études sont nécessaires pour répondre à cette importante question, dont la meilleure compréhension peut changer la prise en charge de ces patients en difficulté et qui posent tant de problèmes aux diabétologues.

 

Professeur Émérite, Université Grenoble-Alpes

(1) Garrett CJ, Moulton CD, Choudhary P, Amiel SA, Fonagy P, Ismail K. The psychopathology of recurrent diabetic ketoacidosis: A case-control study. Diabet Med. 2021 Jul;38(7):e14505. doi: 10.1111/dme.14505

 

Pr Serge Halimi

Source : lequotidiendumedecin.fr