Une stratégie de prévention, intervention sur le mode de vie ou metformine, retarde la survenue du diabète, mais ne réduit pas le risque cardiovasculaire, selon les résultats de l'étude américaine Diabetes Prevention Program Outcomes Study (DPPOS) présentée lors du congrès de la Société européenne de cardiologie consacrée à l'insuffisance cardiaque. Les résultats de cette étude ont été publiés simultanément dans la revue « Circulation ».
Cette étude s'attache au suivi de 3 234 adultes, recrutés entre 1996 et 2001, participant à un programme de 3 ans de prévention du diabète et répartis en trois groupes. Dans le premier, une intervention volontariste sur le mode de vie, avec coaching et monitoring des résultats, avait pour objectif une perte de poids d'au moins 7 %. Dans le second, la prévention avait pour pierre angulaire la prise de 850 mg de metformine, 2 fois par jour. Un troisième avec placebo servait de contrôle.
Les trois groupes ont de plus reçu des informations sur le mode de vie à adopter pour prévenir la survenue du diabète. Au bout de 3 ans, les patients sous metformine ont été informés qu'ils ne prenaient pas le placebo, et ont été autorisés à continuer à suivre ce traitement prophylactique. Au cours des années qui ont suivi, les participants bénéficiaient toujours d'un ECG annuel, de même qu'une mesure du poids, des facteurs de risque et du taux de cholestérol.
Résultats décevants
Il s'avère qu'aucune des deux approches ne parvenait à réduire significativement le risque cardiovasculaire (AVC, infarctus et décès cardiovasculaire) au cours des vingt et un ans de suivi.
Initialement, tous les participants ont été recrutés sur les critères suivants : une glycémie comprise entre 140 et 199 mg/dl au bout de 2 heures d'hyperglycémie provoquée, une glycémie à jeun comprise entre 95 et 125 mg/dl et un indice de masse corporelle d'au moins 24 kg/m². Il s'agissait donc de personnes intolérantes au glucose et/ou prédiabétiques, âgées en moyenne de 51 ans et majoritairement de sexe féminin (70 %).
Les participants, qui ont suivi le programme visant à une réduction de 7 % de leur poids, ont vu leur incidence de diabète de type 2 diminuer de 58 %, par rapport au groupe contrôle. Les patients qui prenaient de la metformine ont connu une réduction de 31 % de l'incidence du diabète de type 2. En revanche, il n'y avait pas de différence significative entre les trois groupes en ce qui concerne le risque de survenue d'infarctus du myocarde (IDM), d'AVC ou de décès cardiovasculaire : 35 IDM dans le groupe « régime » contre 46 dans le groupe metformine et 43 dans le groupe placebo, 39 AVC contre 16 et 28, et 37 décès cardiovasculaires contre 39 et 27.
Des facteurs confondants possibles
La metformine et le programme sur le mode de vie ont « une efficacité limitée voire inexistante en termes de prévention cardiovasculaire, bien qu'ils soient hautement efficaces pour retarder la survenue du diabète, conclut le Pr Ronald Goldberg, premier auteur de l'étude. Il est important de noter que la plupart des patients de l'étude ont aussi reçu un traitement contre le cholestérol ou l'hypertension, ce qui pourrait expliquer le taux de maladies cardiovasculaires globalement faible et notre difficulté à établir un bénéfice potentiel d'une action sur le mode de vie ou de la metformine. »
Les auteurs précisent que, de par la sélection des patients, leurs résultats ne sont pas généralisables à l'ensemble de la population prédiabétique. Par ailleurs, l'adhérence à la metformine et l'intensité des efforts hygiéno-diététiques ont fatalement dû diminuer au-delà des trois années qu'a duré le programme. Ce qui a influencé les résultats de manière non mesurable. Dans le même temps, des patients qui n'étaient pas originellement dans le groupe metformine ont pu s'en faire prescrire par leur médecin traitant.
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