« Le cardiologue de demain sera un cardiologue augmenté, grâce à l’intelligence artificielle (IA), mais vis-à-vis de laquelle il devra rester critique », souligne le Dr Marc Villaceque (Nîmes), vice-président du cercle cardio IA de la Société française de cardiologie.
ECG : voir l’invisible
Quand l’œil nu ne discerne que des courbes de l’ECG, l’IA arrive à déceler des micro-ondes anormales, susceptibles d’annoncer une fibrillation atriale ou une cardiomyopathie, qui reste à confirmer par d’autres examens. « Cela pourrait révolutionner la pratique des cardiologues comme des médecins généralistes, avec cependant un bémol : les études actuelles étant faites au sein des populations nord-américaines, elles doivent être corroborées pour la population française », prévient le Dr Villaceque.
Et ce n’est pas le tout d’avoir cette possibilité : encore faut-il s’assurer que les médecins auront le réflexe de s’en servir. Le Conseil national professionnel de cardiologie travaille actuellement avec l’Assurance-maladie et la HAS sur un protocole de recherche. « Nous allons vérifier si le médecin généraliste, notamment s’il ne se sent pas à l’aise pour interpréter les ECG, en réaliserait davantage dans la mesure où il sait qu’il pourra s’appuyer sur l’IA, indique-t-il. L’expérimentation débutera en janvier 2026. »
Imagerie : libérer du temps cardiologue
De nombreuses tâches sont déjà réalisées de façon automatique par l’IA concernant les scanners. C’est le tour des échographies, où la technologie est capable de réaliser des mesures très complexes : de quoi rendre cet examen plus rapide et plus précis — à condition que la machine le fasse correctement : une validation reste nécessaire.
Les progrès sont tels que dès à présent, une personne qui ne sait pas faire d’échographie peut être guidée par l’IA pour savoir où placer correctement la sonde : de quoi permettre à des manipulateurs échographistes non-médecins de s’en charger et ainsi libérer du temps pour les cardiologues qui interpréteront les images. « Une expérimentation (dispositif article 51) a été lancée dans trois régions de France pour permettre à des IDE formés et travaillant dans le cadre d’un protocole avec des cardiologues, de faire des images d’échographies dans des Ehpad, chez des patients difficiles à mobiliser et ainsi éviter de les déplacer s’ils n’en ont pas besoin », explique le Dr Villaceque. Le cardiologue reçoit les images et peut prendre la décision thérapeutique et recevoir les patients le nécessitant.
Organisationnel : un secrétaire dans la poche
Des technologies « voice to text », voix au texte, payantes, sont apparues depuis quelques mois sur le marché. Elles sont capables de synthétiser la consultation et les échanges avec le patient, le tout de façon architecturée (chapitrée par antécédents, facteurs de risque traitement, conduite à tenir), et d’en tirer un courrier qu’il n’y a plus qu’à relire : « cela fonctionne très bien et permet un gros gain de temps », note le spécialiste.
Recherches : attention au bavardage
Des applications fondées sur l’IA permettent de retrouver des articles scientifiques de façon bien plus aisée et plus rapide que sur PubMed, avec une recherche à partir d’un mot-clé : « c’est pratique pour obtenir une revue de presse hebdomadaire dans un domaine bien particulier et c’est donc un gain de temps pour les scientifiques », considère le Dr Villaceque.
Il faut vraiment privilégier les applications en bases fermées
Dr Marc Villaceque
Attention cependant aux IA génératives (LLM pour large language models), telles que ChatGPT ou Mistral : « elles risquent de donner une réponse fausse fondée sur ce qui ressort le plus sur la toile, même si celle-ci est aberrante. Et si l’on demande à ChatGPT de chercher la réponse parmi les recommandations de la Société européenne de cardiologie par exemple, rien ne dit que l’IA ne va pas se servir en plus d’autres sources, y compris parmi des fake news ! », prévient le spécialiste. Pour cette raison, la Société européenne de cardiologie a sorti une application, ESC-Chat, qui ne tourne que sur des recommandations validées. « Le Cercle Cardio-IA de la SFC travaille actuellement sur la création d’un Chatbot dans laquelle l’IA ne tournerait que sur des sources vérifiées et validées. Il faut vraiment privilégier ces applis en bases fermées », recommande le Dr Villaceque.

Entretien avec le Dr Marc Villaceque (Nîmes)
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