Le burn-out est une notion parfois dévoyée qui se situe à l’intersection de la psychiatrie, de la médecine du travail, du management et de la communication. Il n’est pas reconnu comme une pathologie par les diverses classifications des maladies psychiatriques mais considéré comme un syndrome lié à la souffrance au travail. La symptomatologie est très large : troubles émotionnels, cognitifs, modifications du comportement, perte de motivation, troubles du sommeil ou manifestations physiques diverses. « Il se caractérise par sa relation avec l’activité professionnelle et par ses trois dimensions : épuisement émotionnel, dépersonnalisation ou cynisme par rapport au travail et diminution de l’efficacité professionnelle », rappelle le Dr Nicolas Gresy, psychiatre à Toulouse. Il est souvent confondu avec la dépression qui peut le compliquer.
La moitié des médecins en burn-out
D'après une méta-analyse sur près de 4000 médecins, le burn-out toucherait pratiquement la moitié d'entre eux (1). Parmi les cardiologues, 44 % pourraient être concernés (2). La plupart des données sur le burn-out chez les soignants proviennent d’études ou d’enquêtes nord-américaines qui se sont intéressées bien plus tôt qu’en France à cette question. Contrairement à ce qu’on pouvait penser, elles ne montrent pas de différence significative entre la pratique publique ou privée, si ce n’est qu’en milieu hospitalier les plus touchés seraient les femmes et les plus jeunes de 30 à 45 ans.
Les facteurs de risque du burn-out sont connus et ne se limitent pas à la surcharge de travail ou au stress qu’il génère. Il peut s'agir de manque de contrôle sur son travail, de l’absence de reconnaissance, de problèmes relationnels (voire la violence ou le harcèlement), de conflit entre les valeurs personnelles et les exigences liées au travail, de la difficulté à concilier vie professionnelle et privée. « La souffrance au travail traduit aussi l’évolution de la société avec des contraintes réglementaires de plus en plus fortes, la remise en cause des compétences médicales, l’hyperconnectivité qui fait que le travail envahit la sphère privée ». Comme bien d’autres spécialités, les cardiologues évoquent les contraintes et les tâches administratives, le temps passé au travail, l’informatisation, le manque d’autonomie, les exigences de certification.
Burn-in : repérer en amont de la crise
Les conséquences du burn-out sont potentiellement graves sur le plan individuel, avec le risque de dépression ou de suicide et retentissent sur l’efficacité professionnelle. On ne dispose pas d’étude faisant le lien direct entre burn-out et suicide. Cependant, les médecins sont une des professions où le taux de suicide est le plus élevé en France, et même si ses causes sont multifactorielles, il est vraisemblablement très lié à la souffrance au travail. Le burn-out augmente aussi le risque d’addiction à diverses substances, avec en particulier une surconsommation de psychotropes et 25 % de consommation à risque d’alcool.
C’est au stade de burn-in qu’il faudrait repérer les praticiens les plus à risque. Il s'agit de ceux qui surinvestissent leur travail et n’arrivent pas à prendre du temps pour eux. Ils pensent « gérer » et restent dans le déni, ce qui rend d’autant plus difficile de leur faire prendre conscience du risque et d’accepter de faire une pause. Or, plus l’épuisement gagne, moins on est attentif et efficace dans son travail, et plus on augmente sa durée ! Mais le plus souvent, le médecin ne s’avoue pas ce qu’il considère comme une faiblesse et ne consulte que lorsque la situation se complique. Avec aussi toujours l’arrière-pensée que s’il s’arrête, la charge de travail va retomber sur ses confrères.
Apprendre aux soignants à prendre soin d’eux
Les médecins devraient être informés sur le burn-out et admettre qu’il fait partie des risques de leur profession. Cependant, il persiste bien des tabous autour des problématiques psychologiques, et il reste bien ancré dans la culture médicale « qu’il faut savoir faire face ». « Au cours des études médicales, on devrait apprendre que ce métier nous expose au burn-out et comment s’en protéger, au même titre qu’on nous enseigne les risques d’une exposition aux radiations ionisantes ou aux infections et les manières de s’en protéger. Arrêter de s’épuiser ne signifie pas arrêter de travailler mais le faire différemment, avec enthousiasme, tout en sachant décrocher », insiste le psychiatre.
C’est le rôle des établissements de faire de la pédagogie et de prévenir la souffrance au travail, mais on en est encore très loin en France ! Aux USA et dans les pays scandinaves, on commence à prendre conscience que le burn-out a un impact sur l’efficacité, qu’il faut prendre soin des médecins, et surtout que cela est « rentable » pour les entreprises !
D’après un entretien avec le Dr Nicolas Gresy, psychiatre (Toulouse)
(1) Colin P West & al. Lancet 2016 Nov 5;388(10057):2272-2281.
(2) Maria Panagioti & al. Trends Cardiovasc Med. 2018 Jan;28(1):1-7.
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