De notre correspondante
AU COURS de leur vie, 5 % des femmes feront au moins 2 fausses couches et 1 % au moins 3. La plupart de ces pertes fœtales restent inexpliquées et il n’existe à ce jour aucun traitement efficace.
Étant donne que deux affections prédisposant aux thromboses - le syndrome des antiphospholipides et les thrombophilies - sont associées à ces fausses couches à répétition et puisque la fausse couche attribuée au syndrome des antiphospholipides peut être prévenue par le traitement antithrombotique, une hypothèse a été émise. Les fausses couches récurrentes inexpliquées pourraient refléter un état prothrombotique et résulter d’un caillot dans la vascularisation placentaire.
Ceci a amené de nombreux praticiens à prescrire un traitement antithrombotique à ces femmes afin d’améliorer le taux de naissances vivantes. Toutefois, le bénéfice restait incertain. Kaandorp et coll. ont donc conduit une étude multicentrique, aux Pays-Bas, chez 364 femmes qui cherchaient à concevoir un enfant ou étaient déjà dans les 6 premières semaines de grossesse. Toutes avaient présenté au moins deux fausses couches inexpliquées avant la 20e semaine.
Aspirine et héparine de bas poids moléculaire.
Elles ont été randomisées en 3 groupes de traitement : aspirine (faible dose, 80 mg/j) et héparine de bas poids moléculaire (nadroparine sous-cutanée, 2 850UI/j) ; aspirine seule ; placebo. L’aspirine était commencée au moment de la randomisation, tandis que l’héparine l’était à 6 semaines de grossesse, après confirmation échographique d’une grossesse viable. Sur les 364 femmes randomisées, 299 femmes ont été enceintes et 197 femmes ont accouché d’un bébé vivant.
Résultat, les 3 groupes ne montrent pas de différence significative sur les taux de naissance vivante, qui sont de 54,5 % avec le traitement combiné, 50,8 % avec l’aspirine seule et 57 % avec le placebo ; parmi les 299 femmes ayant pu être enceintes, ces taux sont de 69, 61,6 et 67 %, respectivement.
Aucune complication du traitement antithrombotique n’a été observée, mais les effets secondaires sont plus fréquents avec le traitement combiné (réactions au site d’injection et liés aux contusions).
Sur la base de ces résultats et ceux d’une autre étude randomisée de Clark et coll. (« Blood », 17 mars), I. A. Greer (Université de York, Royaume-Uni) estime, dans un éditorial, « qu’une intervention par antithrombotiques ne doit pas être préconisée chez les femmes souffrant de fausses couches récurrentes inexpliquées ». Il ajoute toutefois que « des données supplémentaires sont nécessaires pour les femmes atteintes de thrombophilie, ou celles ayant présenté au moins 3 fausses couches ».
New England Journal of Medicine, 26 avril 2010, Kaandorp et coll., pp. 1586 et 1630.
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