L'aspirine a-t-elle un intérêt en prévention cardiovasculaire primaire ? Dans leurs nouvelles recommandations parues dans le « JAMA », les experts américains de la U.S. Preventive Services Task Force (USPSTF) ne la préconisent pas en routine, voire la déconseillent après 60 ans. Néanmoins, chez les individus à risque de 40 à 59 ans, le traitement peut être envisagé dans le cadre d'une décision médicale partagée.
L’USPSTF considère en effet, avec une certitude modérée, que chez les personnes de 40 à 59 ans présentant un risque de maladie cardiovasculaire d'au moins 10 % sur 10 ans, la décision d'initier le traitement doit être prise au cas par cas. « Les preuves indiquent que le bénéfice net de l'utilisation de l'aspirine dans ce groupe est faible », précisent les experts, ajoutant que seules les personnes qui ne sont pas à risque accru de saignement et disposées à prendre quotidiennement le médicament pourraient en bénéficier.
Déconseillée chez les 60 ans et plus
Ainsi, les experts recommandent aux médecins, pour les 40-59 ans, d'« utiliser la prise de décision partagée, en tenant compte des avantages et des inconvénients potentiels de l'utilisation de l'aspirine, ainsi que des valeurs et des préférences des patients, pour éclairer la décision d'initier l'aspirine ». Et de recommander une dose de 81 mg/j dans cette situation.
Chez les 60 ans et plus, l'USPSTF déconseille le recours à l'aspirine en prévention primaire, sans exception, du fait de l'absence de bénéfice net estimé et ce avec une certitude modérée.
La diffusion en octobre 2021 d'une version intermédiaire de ces recommandations avait incité en France le Collège national des généralistes enseignants (CNGE) à rappeler que l'aspirine n'est pas recommandée en prévention primaire chez les patients à risque cardiovasculaire.
Les recommandations de l'USPSTF portent également sur l'effet de l'aspirine sur l'incidence du cancer colorectal et la mortalité associée dans une population en prévention cardiovasculaire primaire. Les données disponibles à ce jour ne permettent toutefois pas de déterminer si le recours à l'aspirine réduit ces risques.
Trois essais cliniques majeurs en défaveur de l'aspirine
Dans un édito associé, le Dr Allan S. Brett de l'école de médecine de l'Université du Colorado (Aurora) souligne que l'actualisation de ces recommandations (les précédentes datant de 2016) s'appuie sur une revue systématique incluant 11 essais cliniques randomisés, dont trois majeurs publiés en 2018 : Arrive, Aspree et Ascend. C'est sur ces essais que le CNGE a basé son argumentation, alors qu'aucun ne montre le bénéfice de l'aspirine en routine en prévention primaire.
Le Dr Brett déplore par ailleurs que les recommandations fassent explicitement référence à l'initiation de l'aspirine, laissant de côté la prise en charge des nombreux patients prenant déjà de l'aspirine en prévention primaire. Les experts indiquent seulement que l'arrêt de l'aspirine devrait être envisagé vers l'âge de 75 ans chez les patients qui en prennent, alors que les bénéfices du traitement diminuent avec l'âge. « Étant donné qu'il est recommandé de ne pas commencer l'aspirine à 60 ans, on ne comprend pas pourquoi une personne qui a commencé à en prendre à 55 ans devrait continuer l'aspirine jusqu'à 75 ans alors qu'une personne du même âge ne devrait pas commencer le traitement », s'interroge le médecin.
Dans leurs recommandations, les experts de l'USPSTF rappellent que si l'aspirine réduit le risque d'événements cardiovasculaires, elle augmente le risque d'hémorragie gastro-intestinale, d'hémorragie intracrânienne et d'accident vasculaire cérébral hémorragique. De plus, le risque de maladies cardiovasculaires et les risques hémorragiques précités augmentent avec l'âge, indépendamment de la prise d'aspirine.
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