« LA SURVENUE D’UN ÉVÉNEMENT thromboembolique veineux chez le patient souffrant d’un cancer est un événement fréquent, grave, coûteux et consommateur de soins. » Ces mots d’introduction tenus par le Dr Lionel Védrine (oncologue, Hôpital du Val De Grâce, Paris) lors de la conférence de presse résument parfaitement les motivations des membres du Groupe Francophone Thrombose et Cancer (GFTC) à établir des recommandations internationales sur le traitement et la prévention des complications thromboemboliques veineuses chez les patients cancéreux. « Aujourd’hui, la marge de progression reste importante dans cette prise en charge, du fait d’un traitement curatif souvent mal réalisé et d’une prophylaxie par anticoagulant sous-utilisée », a indiqué le Pr Dominique Farge-Bancel (secrétaire du GFTC et responsable de l’unité hospitalière Médecine interne et pathologie vasculaire à l’hôpital Saint-Louis, Paris).
À la recherche des niveaux de preuve…
Ces recommandations sont issues de l’analyse complète de la littérature durant 2 ans, conduite par le GFTC et d’un groupe d’experts internationaux, avec le soutien logistique et l’accompagnement méthodologique de l’INCa. Cette analyse a permis notamment de démembrer le risque thromboembolique en fonction du cancer et de mentionner les situations particulières.
Ainsi, les patients atteints d’un cancer du pancréas localement avancé ou métastatique avec un risque hémorragique faible peuvent recevoir une prophylaxie par HBPM (Niveau de preuve élevé : Grade 1B), de même, pour les patients atteints de cancers bronchiques sans risque hémorragique, la thromboprophylaxie est recommandée (Grade 2B).
Ces recommandations consolident donc les SOR (Standards Options Recommandations) « thrombose et cancer » sur le traitement curatif de la MTEV et sur la prévention et le traitement des thromboses veineuses sur cathéter et les complètent. Elles mettent également l’accent sur la prophylaxie de la MTEV en unité de chirurgie carcinologique pour les patients cancéreux.
Le Dr Philippe Debourdeau (oncologue, Institut Sainte-Catherine, Avignon) a rappelé que « la prophylaxie diminue de 2 % le risque de MTEV chez le patient cancéreux, soit 734 cas évités par an en France avec une économie de 1,6 million d’euros/an, un gain potentiel en terme de survie de 5 000 à 7 000 vies/an sur 147 500 décès par cancer en France en 2011 ».
Le cancer multiplie par 4 à 6 le risque de MTEV.
Le cancer est un facteur de risque indépendant d’événements thromboemboliques veineux : 4 % à 20 % des patients cancéreux font un événement thromboembolique veineux. Le cancer multiplie par 4 à 6 le risque de MTEV en favorisant les facteurs d’hypercoagulabilité (les cellules tumorales sécrètent des molécules proaggrégantes), la stase veineuse (immobilisation…) et en altérant la paroi vasculaire par une action directe sur les cellules endothéliales. La MTEV a un impact important sur la morbidité et la mortalité chez le patient cancéreux (un épisode de MTEV multiplie par 3 le risque de décès). C’est un facteur de mauvais pronostic. Tous ces arguments plaident en faveur de la diffusion et de l’application des recommandations. Le GFTC travaille afin d’améliorer l’information et la formation des médecins (développement d’un programme d’éducation national, d’algorithme décisionnel, d’une plateforme de télémédecine thrombose et cancer…).
Le Pr Dominique Farge-Bancel a souligné « l’importance d’avoir désormais à disposition les premiers travaux d’experts internationaux sur ce sujet afin d’harmoniser les pratiques. »
Le résumé des recommandations est disponible sur le site www.thrombose-cancer.com et via le lien « recommandations internationale, résumé-GFTC ».
1. Debourdeau P., and al. International clinical practice guidelines for the treatment and prophylaxis of thrombosis associated with central venous catheters in patients with cancer. J Thromb Haemost 2013 ; 11 : 71-80.
2. Farge D., and al. International clinical practice guidelines for the treatment and prophylaxis of venous thromboembolism in patients with cancer. J Thromb Haemost 2013 ; 11 : 56-70.
D’après la conférence de presse du GFTC avec le soutien institutionnel des laboratoires Pfizer.
CCAM technique : des trous dans la raquette des revalorisations
Dr Patrick Gasser (Avenir Spé) : « Mon but n’est pas de m’opposer à mes collègues médecins généralistes »
Congrès de la SNFMI 2024 : la médecine interne à la loupe
La nouvelle convention médicale publiée au Journal officiel, le G à 30 euros le 22 décembre 2024