En France, le sens de l'éthique serait comme le bon sens, la chose du monde la mieux partagée, surtout chez les médecins. La formation y est donnée en accéléré et se limite le plus souvent au moment de la soutenance de thèse à ânonner le serment d'Hippocrate. Le jour d'après, le docteur est prié de se débrouiller seul avec sa conscience. Que faire ? Certes, le livre du philosophe Jean-Marc Mouillie n'a pas été rédigé pour les nuls en éthique biomédicale. Quoique. L'ambition du livre va bien au-delà d'une simple volonté pédagogique. Si l'on n'est pas arrêté dans son élan par le titre de l'ouvrage, on lira donc la première lecture critique en français du classique de la littérature anglo-saxonne dans ce domaine. Précisons que la première édition est parue en 1979. Les auteurs, Tom Beauchamp et James Childress, n'ont cessé depuis de préciser leur pensée, d'actualiser leurs propos sans jamais se référencer à un auteur français. Ce qui est, on en conviendra, une faute de goût. D'où en retour un certain mépris pour une méthode, davantage qu'un discours qui trace un chemin, une voie plutôt que de livrer des réponses toutes faites. Surtout, ces auteurs se méfient du péché mignon français, la passion pour la théorie au lieu de se laisser guider par la situation et les quatre principes fondateurs, la bienfaisance, la non-malfaisance, l'autonomie et la justice. Le comble pour un esprit hexagonal est atteint lorsqu'on lit sous la plume ironique des auteurs : « La théorie la plus satisfaisante - si nous pouvions n'en trouver qu'une - [ne peut être] que légèrement préférable à une autre. » Pour autant, Jean-Marc Mouillie n'en oublie pas le contexte français, les auteurs classiques de Jean-Paul Sartre au regretté Ruwen Ogien sans oublier Michel Foucault. Ou les institutions comme le Comité consultatif national d'éthique égratigné au passage pour excès de moralisme. Bref, ce livre sitôt publié s'impose à son tour indispensable à tous ceux qui se piquent d'éthique et découvrent alors l'urgence d'un apprentissage s'inscrivant cette fois-ci dans la durée.
L'Ethique du préférable partageable, lecture du principisme, Jean-Marc Mouillie, collection médecine & sciences humaines, éd. Les Belles Lettres, 2019, 458 pp., 35 euros.
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