Louis Auquier, futur pape de la rhumatologie
Fils et petit-fils de médecins provençaux qu’il n’avait jamais connus, Louis Auquier était interne provisoire en 1939 à sa mobilisation. Il fit partie de ceux qui entendirent donc l’appel sur le chemin de la débâcle sur un poste à galène alors qu’il se trouvait bloqué à Montfaucon (Lot). Décidé à rejoindre Londres par l’Afrique du Nord après une année perdue dans l’Armée d’Armistice, il devint à Madrid et pour trois années, le délégué de la Croix-Rouge chargé de faciliter le passage de ses compatriotes acheminés là par le réseau d’évasion Comète. Engagé volontaire en 1944 dans la 2e DB, il fit la campagne de France à la Libération avant de réintégrer la carrière médicale en 1946 pour devenir un des papes de la rhumatologie française, successeur du Pr Florian Delbarre à la présidence de Paris V.
Lucien Neuwirth, miraculé du poteau d’exécution et père de la pilule
Il avait 16 ans lorsqu’il avait entendu, lui aussi « par hasard », l’appel du général rebelle à Yssingeaux où ses parents l’avaient envoyé « à l’abri ». Retour dans sa ville de Saint-Étienne, il y mobilisait quelques camarades autour d’un journaliste, éditeur d’une feuille résistante. Les arrestations se multipliant en 1942, il prit alors la décision de rejoindre la résistance active, à Londres, sous le béret des parachutistes SAS. Il fera alors la campagne de France avant d’être fait prisonnier à l’hiver 1944 en Belgique. Conduit au poteau d’exécution, il survit miraculeusement grâce à… la petite monnaie, bloquant la balle du coup de grâce dans le cœur ! Le reste de sa carrière, politique, est connu des enfants du baby-boom qui lui doivent… la mise à disposition légale de la pilule anticonceptionnelle. Une sorte de double masculin de Simone Veil !
Léon Coriat, le père du « premier bébé de la France libre »
Il était jeune médecin dans un dispensaire parisien où son épouse Josette était elle-même infirmière… et enceinte. Avec Roger Chevrier, son beau-frère, les trois jeunes gens avaient décidé de faire séparément le chemin de l’exode pour retrouver, à Brantôme (Dordogne), une adresse connue d’eux seuls et d’où ils pourraient décider d’une nouvelle route commune. Le couple Coriat entendit donc, incidemment à Toulouse, l’appel du général de Gaulle. Les trois finirent par gagner Londres par l’un des derniers bateaux en partance de Gibraltar au début de 1941. Une fillette, Françoise, vit le jour pendant le périple – à jamais dotée du surnom de « premier bébé de la France Libre » dont elle porte, inlassablement depuis, la mémoire encore vive.
D’autres n’avaient entendu parler qu’à distance, de l’appel du général condamné à mort ; mais n’en avaient pas moins été convaincus de la justesse du combat. Et dès août 1940, les effectifs gaullistes se comptaient quand même en milliers : 98 officiers, 133 sous-officiers, 716 hommes du rang en instance d’incorporation et surtout les 17 000 « ralliés » (en majorité indigènes) de la France coloniale. Y compris, parmi la cinquantaine de médecins – civils et militaires, diplômés, en instance ou… encore au milieu du gué – nombre d’entre eux étaient venus par la mer à l’instar des marins de Sein avec, chevillée à l’âme, une même volonté de se battre mais pas forcément dans le service de santé. Leur jeune âge, leur zèle combattant, leur abnégation ostensiblement affichée en faisait des recrues de choix pour les commandos, sous pavillon français ou anglais, et c’est dans leurs rangs qu’on en trouvait vite les premiers enrôlés. Et ce n’est sans doute pas tout à fait un hasard si bon nombre d’entre eux étaient originaires de l’Ouest de la France, là où le général de Gaulle avait, un temps, été tenté d’organiser le « réduit » qui lui aurait servi de base arrière pour la reconquête.
Jacques Hébert, compagnon de la Libération
Fils d’un industriel falaisien (Calvados), Jacques Hébert était carabin en juin 1940 ; il avait croisé le nazisme quelques années plus tôt à la faveur d’un séjour linguistique dans la famille d’un fasciste anglais qui hébergeait dans le même temps deux membres des HitlerJugend. Son propre père l’avait écarté de la pente dangereuse en lui donnant à lire la presse républicaine de l’époque ! Embarqué le 21 juin sur le Batory depuis le port de Saint-Jean de Luz déguisé en soldat polonais quand les policiers français interdisent toute fuite à leurs compatriotes, il finit par débarquer quelques jours plus tard à Plymouth en même temps qu’un autre médecin du nom de François Jacob, futur Prix Nobel venu depuis le même port de départ. Suivra, pour Hébert, un cursus militaire sous l’uniforme de la France libre, passant par le débarquement à Utah Beach et qui ne s’achèvera que dans un accident au pied du nid d’aigle de Hitler à Berchtesgaden. « Mais qu’avez-vous foutu de ces cinq années ? » lui reprochera un professeur de la faculté de Caen qui ne l’avait pas vu depuis 1940 quand le carabin arborait la Croix de Lorraine, insigne de l’Ordre de la Libération dont le patron planqué ignorait évidemment la signification !
Alain Gayet, grand-père de l’actrice Julie Gayet
C’est le père de Brice, jeune retraité chirurgien de l’Institut Montsouris, et grand-père de l’actrice Julie Gayet. Il n’avait que 17 ans et pas encore son baccalauréat en poche quand il avait rejoint l’Angleterre à bord du chalutier « Le Moncousu » parti de Brest vers Falmouth pour convoyer des valeurs de la Banque de France. De l’expédition avortée vers Dakar à la conduite d’un peloton de spahis assurant le siège de Royan en passant par la seconde bataille d’El Alamein, sa carrière militaire est presqu’aussi rutilante que son cursus de chirurgien libéral.
Jacques Furet, déporté à Buchenwald
Carabin à l’époque, embarqué le 18 juin à bord d’un thonier lithuanien de Baltoji-Elija, placé sous séquestre à Roscoff et dont s’étaient emparés par la force une vingtaine de jeunes gens. Affecté au BCRA, il suivit un stage de parachutiste avant d’être envoyé en mission au-dessus du Calvados. Arrêté par la police de Vichy, condamné à dix ans de prison, il sera finalement déporté à Buchenwald, d’où il ne sera libéré par les Américains qu’au printemps 45.
Pierre Mayolle, embarqué à bord d’un yacht « piraté »
Carabin de 20 ans en 1940 et qui, avec une vingtaine de camarades, obligea à appareiller pour l’Angleterre, l’équipage du yacht Le Manau, également réquisitionné à Paimpol par les Allemands. Aussitôt affecté à la 1re DFL (qui manquait alors cruellement de médecins), il participera aux campagnes d’Afrique avant de revenir en métropole également participer au siège de Royan. Revenu plus tard à la vie civile, il choisira la médecine des mines.
Le carabin Pierre Plaintiveau, rallié le 23 juin, transitant d’abord par le camp de Brymbach (pays de Galles) où étaient formés les jeunes de 17 ans ; ensuite affecté au Liban en 1941 et dont l’histoire n’a guère retenu le nom mais dont les petites filles cultivent la mémoire…
Le couple André-François et Louise-Marie Lemanissier, médecins l’un et l’autre et partis en couple du petit port de Tréguier en direction de Plymouth sur le chalutier « Fleur d’océan ». Au départ, A.F. était seul à embarquer et c’est parce que le patron-pêcheur emmenait sa propre épouse que le médecin proposa le même voyage à la sienne. Si l’engagement du mari ne posait pas de problème de conscience à l’État-major, il fallut une délibération spéciale pour consentir à celui de Madame. Tous deux restèrent trois ans à Damas après avoir servi à l’ambulance Hadfield-Spears avant d’être rapatriés en métropole.
Louis et Suzanne Vallon, embarqués en 1942 depuis la calanque d’Envaux, près de Cassis, furent le second couple reçu ensemble à Londres, alors même qu’ils avaient divorcé et que Louis n’avait re-épousée Suzanne, dermatologue juive, que pour la protéger des mesures antisémites.
Le carabin Guy Vourc’h, intrépide jeune breton de Plomodiern, doté d’un incroyable sens de l’humour mais qui avait, avec ses copains, dérivé une dizaine de jours en Manche avant d’être repéré par une patrouille anglaise, et repêché alors que se levait une tempête du côté de Bristol. Guy Vourc’h avait été blessé dans la campagne de 1940 et avait dû se rétablir avant de prendre le chemin de l’Angleterre avec son frère Jean, lequel trouvera la mort en 1944 sur la route de Paris. La résistance relevait dans la famille d’une sorte d’atavisme puisque le père, Antoine (qui deviendra vice-président de la CSMF à la Libération) était un membre actif du réseau Johny en Bretagne, que la mère, elle-même recherchée par la Gestapo, avait dû aller se cacher… à Paris.
Autre membre du réseau Johny breton, spécialisé dans le renseignement et l’acheminement des aviateurs abattus, le Dr Jacques Andrieux avait été un des premiers à émettre depuis un poste de radio clandestin depuis le bourg de Carhaix (Finistère) dès 1940. Il connut une fin tragique -et dont on ignore le détail – dans un camp de déportation allemand en février 1945. Son fils, également prénommé Jacques, avait également embarqué à Camaret-sur-Mer pour s’illustrer toute la durée du conflit, mais dans les airs pour sa part, terminant sa carrière d’aviateur comme général de Brigade.
Les Bretons étaient tellement nombreux à Londres qu’ils avaient constitué une véritable amicale à l’enseigne de Sao Breizh (Debout Bretagne, du nom d’une ritournelle folklorique en vogue à l’époque), association co-animée par le Dr Vourc’h et le médecin-général Sicé, un de premiers médecins-militaires ralliés d’Afrique équatoriale française ; l’association comptait 750 membres en 1943 et animait à Alger un « Foyer du marin ».
Appel à témoignages
Des histoires comme celle qu’il évoque aujourd’hui pour « Le Quotidien », Jean-Pol Durand en a des collections à raconter. Voilà dix ans que cet ancien rédacteur en chef du « Quotidien du Médecin » mène une recherche méthodique sur les médecins acteurs, parfois martyrs, de la Seconde Guerre mondiale. Son projet est de leur rendre hommage, en dressant un mémorial à ces confrères connus et inconnus.
Vous avez connaissance d'un médecin qui mériterait de figurer dans ce mémorial ? Vous pouvez contacter Jean-Pol Durand à l'adresse redaction@quotimed.com.
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