« J'accuse »
Pour évoquer l'affaire Dreyfus, sujet exceptionnel et selon lui « terriblement actuel, vu la recrudescence de l'antisémitisme », Roman Polanski a choisi, avec son coscénariste l'écrivain Robert Harris (qui en a fait un livre-enquête, « D », publié en France en 2014), d'adopter le point de vue du colonel Marie-Georges Picquart. Ce dernier, plutôt antisémite par tradition, va découvrir, quand il se retrouve à la tête du contre-espionnage, que les preuves contre Dreyfus ont été fabriquées.
Comment identifier les coupables pour sauver l'honneur de l'armée et accessoirement réhabiliter le condamné de l'île du Diable, c'est le sujet de ce thriller politique impeccablement construit. Et plutôt clair et pédagogique, même si l'on s’y perd un peu avec tous ces galonnés. Autour de Jean Dujardin, très crédible et plus nuancé qu'on pouvait l'espérer, une belle distribution réunissant Louis Garrel (Dreyfus), Emmanuelle Seigner, Grégory Gadebois, Didier Sandre, Hervé Pierre, Mathieu Amalric, Melvil Poupaud et l'on en passe.
Le cinéaste n'était pas présent à la Mostra de Venise, où son film a remporté le Grand Prix du jury et le prix Fipresci de la critique internationale. Il est toujours poursuivi par la justice américaine pour le viol d'une mineure en 1977, et accusé d'autres agressions sexuelles, qu'il nie. D'où des protestations et des appels au boycott, ravivés par une nouvelle mise en cause pour des faits qui auraient eu lieu en 1975 et des propos d'Adèle Haenel, à son tour en guerre contre les dérives sexuelles dans le milieu du cinéma.
« Little Joe »
Dans son 5e film (le premier en langue anglaise), qui était en compétition à Cannes, la cinéaste autrichienne Jessica Hausner (« Hotel », « Lourdes ») se penche sur un avenir génétiquement modifié qui fait plutôt froid dans le dos. « Little Joe » laisse cependant la porte ouverte à plusieurs interprétations, entre pouvoir des plantes et prédominance de l'inconscient.
Des phytogénéticiens mettent au point une plante qui pourrait avoir un effet antidépresseur. Elle s'appelle Little Joe, en référence au prénom du fils de sa principale créatrice (Emily Beecham, prix d'interprétation à Cannes), et semble en fait susciter d'étranges transformations chez ceux qui inhalent son pollen, les rendant notamment incapables d'empathie. Mais n'est-ce pas une illusion de l'héroïne, écartelée entre son amour pour son fils et sa passion pour son travail ?
Jouant avec virtuosité des couleurs (fleurs rouges, chevelure rousse, décors verts et blancs), des sons (musique du Japonais Teiji Ito), du hors-champ, Jessica Hausner installe une atmosphère angoissante mais nous laisse un peu frustrés avec nos interrogations.
Et aussi
« Le Mans 66 », de James Mangold : le récit de l'authentique bataille menée par Ford pour contrer l'hégémonie de Ferrari aux 24 heures du Mans dans les années 1960, avec un ingénieur (Carroll Shelby) et un pilote très investis (Ken Miles), comme leurs interprètes, Matt Damon et Christian Bale.
« Nourra rêve », de Hinde Boujemaa : alors que la loi tunisienne punit l'adultère (de 2 mois à 5 ans de prison) et qu'elle est le point d'obtenir le divorce pour vivre avec son amant, une femme (Hend Sabri) voit son mari sortir prématurément de prison.
« J'aimerais qu'il reste quelque chose », de Ludovic Cantais : les bénévoles du Mémorial de la Shoah recueillent des témoignages et collectent les archives personnelles de déportés et de leurs familles.
« Countdown », pour les amateurs d'épouvante, avec une application qui annonce l'heure de votre mort, en l'occurrence trois jours plus tard pour la jeune infirmière héroïne de ce film américain.
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