LE CONSEIL NATIONAL de l’Ordre des médecins a livré hier la dernière édition (situation au 1er janvier 2011) de son « Atlas de la démographie médicale en France » (1). Élaboré à partir des tableaux des conseils départementaux, l’ouvrage s’avère, comme chaque année, une mine cartographique et statistique. Il dessine pour commencer le nouveau visage du médecin français. C’est – encore pour quelques années – celui d’un homme (le taux de féminisation atteint 41 %), vieillissant et très légèrement amaigri.
Contrairement à ce qui avait été constaté au début de l’année 2009 (-2 %) puis, une fois encore, au début de l’année 2010, la perte de poids est, cette fois-ci, insensible : arrêtés à 199 987 médecins en activité régulière (des généralistes à 46,7 %, des spécialistes à 53,3 %), les effectifs sont en baisse de 0,03 % seulement sur un an (2).
Un coup de vieux.
Le vieillissement des médecins français subit, lui, un gros coup d’accélérateur : de 50 ans l’an dernier, leur âge moyen est passé à 51,4 ans (53 ans pour les hommes et 49 ans pour les femmes). Plus de 4 médecins sur 10 (42,9 %) ont plus de 55 ans, 13,9 % ont moins de 40 ans.
La variation presque nulle des effectifs au niveau national recouvre des disparités géographiques (voir carte) : 9 régions enregistrent une diminution du nombre de leurs médecins en activité allant de -1,9 % (en Corse) à -0,04 % (en Poitou-Charentes) tandis que 13 sont en meilleure posture – les Pays-de-la-Loire connaissent la plus forte augmentation, avec des effectifs en hausse de 1,9 %. Au 1er janvier, la densité médicale s’est établie à 306,7 médecins pour 100 000 habitants (contre 308,08 un an auparavant).
En termes de mode d’exercice, le « libéral exclusif » concerne 46 % du corps, l’exercice mixte 11,5 % et le salariat 42,5 %. L’Ordre note une nouvelle fois le « désintérêt croissant » manifesté par les médecins pour l’exercice libéral, « au profit de l’exercice salarié et, plus particulièrement, hospitalier ; aussi bien chez les médecins généralistes que chez les médecins spécialistes ».
Le profil des petits nouveaux.
Se penchant plus particulièrement sur les médecins nouvellement inscrits au tableau de l’Ordre au cours de l’année 2010 (5 392 en tout, affichant un âge moyen de 34,6 ans), l’Atlas analyse leurs « flux migratoires » afin d’identifier « les zones géographiques attractives qui forment les médecins et les conservent » (voir carte) : il constate que si, en moyenne 62 % des médecins diplômés d’une région y restent pour exercer, les régions à faible densité médicale ont du mal à garder les médecins qu’elles forment – la Bourgogne, par exemple, retient 47 % de ses médecins diplômés, la Franche-Comté 77 %.
L’Ordre relève aussi qu’un médecin sur 4 nouvellement inscrits a obtenu son diplôme hors de France (un tiers en Roumanie, un quart dans un pays du Maghreb…) et que ces praticiens exercent majoritairement dans les régions à faible densité médicale (Picardie, Bourgogne, Champage-Ardenne…). Cas d’école : dans le département de l’Yonne, 100 % des médecins qui se sont inscrits en 2010 sont « à diplôme étranger » (européen ou extra-européen).
Quelle forme d’exercice choisissent les « petits nouveaux » ? Salariés, pour 70 % d’entre eux. Libérale exclusive pour 9,4 %, une faible proportion, certes, mais « plus importante » que l’année précédente (8,6 %), relève l’Ordre qui, sur la foi d’une enquête menée du côté des jeunes confrères (lire ci-dessous) veut voir dans ce chiffre un signal positif.
Les cumulards à la loupe.
Quant aux sorties du tableau, elles concernent 4 310 médecins, soit 11,2 % de plus que l’exercice précédent. L’Ordre note que l’écrasante majorité des médecins sortants (78,5 %) exerçaient en secteur libéral et que l’âge moyen de départ à la retraite est désormais de 65,5 ans (64 ans pour les femmes et 66 ans pour les hommes). L’Atlas se penche sur le cas particulier des retraités « actifs », adeptes du cumul emploi-retraite. Ils sont quelque 7 340, en augmentation de 30,5 % sur un an. Pratiquement tous sont des hommes, âgés en moyenne de 68,6 ans : un sur deux exerce en libéral (parmi lesquels 64 % fonctionnent en cabinet individuel) ; ils sont d’abord généralistes (41,3 %), suivis par les psychiatres et les pédiatres.
(1) Sous la direction du Dr Patrick Romestaing, président de la section santé publique et démographie médicale de l’Ordre, en collaboration avec Gwénaëlle Le Breton-Lerouvillois, géographe de la santé.
(2) La comparaison des effectifs avec ceux livrés par l’Ordre en 2010 est malaisée : les statistiques de l’an dernier n’incluaient pas les DOM-TOM.
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