En matière de répartition des praticiens libéraux sur le territoire, les maires des petites villes ont de la suite dans les idées : pour combattre les déserts médicaux, mieux vaut un bon remède de cheval que la méthode douce.
Alors que Marisol Touraine a toujours assuré qu'elle ne toucherait pas à la liberté d'installation, et que la nouvelle convention médicale met le paquet sur les mesures incitatives, l'Association des petites villes de France (APVF) dégaine un programme plus musclé. Lors d'un grand colloque sur les déserts médicaux qu'elle organise aujourd'hui à l'Assemblée nationale, en présence de la ministre de la Santé, l'APVF va recommander ouvertement – parmi onze propositions – la mise en place d'une régulation de l'installation des médecins, « en écho à la demande grandissante des élus locaux ».
Nombre d'édiles, à droite comme à gauche, ont déjà enfourché le cheval de bataille de la suppression de la liberté d'installation. Parfois avec une remarquable ténacité : le député centriste Philippe Vigier, maire de Cloyes-sur-le-Loir, présentera courant octobre sa troisième proposition de loi en ce sens, réclamant un service civique de trois ans dans une zone sous-dense pour chaque jeune diplômé. De son côté, l'APVF a déjà préconisé la mise en place pour les médecins de ville d'un mécanisme de régulation démographique copiant celui des infirmiers libéraux (l’installation en zone surdotée n’est possible que si un professionnel cesse définitivement son activité dans cette zone).
À l'agenda
L'APVF persiste et signe en demandant que la question des « conditions d'installation » en médecine de ville soit « mise à l'agenda ». Préconisant des « mesures renforcées », elle propose de laisser la convention instaurer cette régulation. Mais à défaut d'accord, la loi devra prendre le relais.
Toutefois, l'APVF ne se contente pas de manier le bâton. Elle propose à l'État de définir des « territoires prioritaires de santé » – ruraux, périurbains ou urbains – dans lesquels l'offre de soins est déficitaire. Sur le modèle des quartiers prioritaires, ces zones identifiées auraient vocation à concentrer les dispositifs d'aide existants, « sans rajouter de coût pour les finances publiques ». Ce travail de zonage devrait être actualisé tous les deux ou trois ans afin d'adapter les dispositifs incitatifs au plus près du terrain.
Dans ce volet territorial, les petits hôpitaux ne sont pas oubliés, qu'il convient de maintenir « lorsque cela est possible » et de moderniser. L'association s'oppose aux fermetures de services et aux restructurations « uniquement sur critère financier », soulignant que les petites structures restent des maillons essentiels à l'attractivité des territoires. La télémédecine devrait y être développée et rémunérée de façon incitative.
Régionaliser l'internat
Trop hospitalocentrée, la formation initiale est aussi à revoir afin d'y renforcer la place des soins de ville, tranche l'APVF. Les maires suggèrent des incitations financières (aides au logement par exemple) pour améliorer l'attrait des stages dans des cabinets situés loin des villes étudiantes. Autre proposition : la régionalisation de l'internat, afin de favoriser le début de carrière dans des territoires proches du lieu de formation.
Les élus des petites villes militent pour que les dotations des fonds d'intervention régionaux (FIR) soient renforcées, afin de soutenir les actions de PDS ou les implantations de maisons de santé. L'APVF suggère enfin d'améliorer l'information des médecins sur les aides disponibles et sur le dispositif du cumul emploi retraite.
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