Pénurie de généralistes en Rhône-Alpes

Le « J’accuse » de l’URML

Publié le 01/04/2010
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LA PRÉSIDENTE de la section généraliste de l’Union régionale des médecins libéraux (URML) de Rhône-Alpes, Nicole Bez, prépare une lettre ouverte aux ministres Roselyne Bachelot et Valérie Pécresse, dans laquelle elle vilipende leur « double discours » sur la médecine générale. Ceci, selon elle, va conduire à une catastrophe pour la population, comme pour les médecins.

« Je les accuse de pousser les médecins au burn out, par la non-formation de leurs successeurs. » Nicole Bez n’en revient pas de la séance « ubuesque » à laquelle elle dit avoir assisté, il y a quelques jours à Lyon. Il se trouve que la DRASS organisait la réunion de concertation régionale sur les ECN 2010, censée proposer un plan d’orientation des internes qui choisiront leurs spécialités parmi la vingtaine existante. « J’avais eu vent de cette réunion en 2009, indique le Dr Bez, en tant que présidente de la section généraliste de l’URML-RA je me suis donc fait inviter officiellement cette année. »

Bien lui en a pris, estime-t-elle. « J’ai passé trois heures surréalistes ! ». Nicole Bez s’explique : « J’ai été immédiatement choquée par les tableaux qui nous ont été donnés car ils ne présentent pas vraiment les mêmes chiffres que notre étude Géosanté qui, elle, est basée sur les données de l’INSEE, de la DRASS, et des concertations avec les Conseils départementaux de l’Ordre des médecins. Géosanté prend aussi en compte les données de l’URML, sachant que nous avons appelé toutes les communes où nous avions des doutes. La dernière actualisation de Géosanté (2008) qui a pris soins d’exclure les médecins à exercice particulier, les angiologues, les urgentistes et les allergologues, recense ainsi 2 148 généralistes de plus de 55 ans en région. » Or le tableau fournit par la DRASS lors de la fameuse réunion en compte seulement 998.

« On raisonne sur des chiffres qui nous apparaissent faux », dénonce donc Nicole Bez qui souligne que « la réalité du terrain le confirme : il n’y a pas une journée qui se passe sans qu’un médecin nous interpelle pour dire qu’il ne trouve pas de successeur ». Interrogé sur ces différences de chiffres et sur l’inadéquation entre les postes proposés et les besoins de la population, le médecin inspecteur régional aurait répondu qu’il ne faisait qu’appliquer des consignes privilégiant les postes de spécialistes. Une décision qui viendrait donc « d’en haut » et trancherait pour le moins avec les propos encore récemment tenus par la ministre de la Santé – lors du congrès de MG-France, samedi dernier à Lille, Roselyne Bachelot a réaffirmé son « attachement à la médecine générale ». En outre, avec une éventuelle réforme de l’Avantage supplémentaire vieillesse (ASV), « ceux qui auront les trimestres suffisants, partiront », craint Nicole Bez. Et de conclure : « C’est catastrophique pour les médecins et catastrophique pour la population. »

 DE NOTRE CORRESPONDANTE CAROLINE FAESCH

Source : Le Quotidien du Médecin: 8742