LE QUOTIDIEN : Édouard Philippe a accordé une très large place à la santé dans son discours de politique générale. Les lignes vont-elles bouger ?
Dr PATRICK BOUET : Ce qui nous amène à penser qu’il pourrait y avoir du nouveau, c'est justement que le Premier ministre a affirmé que la santé serait une priorité ! Cela a quand même occupé les premières minutes de son discours de politique générale. Entendre le Premier ministre évoquer plusieurs réformes à ce stade est un signal très positif.
Édouard Philippe a annoncé un plan de lutte contre les déserts médicaux pour septembre. Roselyne Bachelot, Xavier Bertrand et Marisol Touraine avaient fait de même… Que peut-on faire de plus ?
D'abord, évaluons ce qui a été fait. Le moins qu’on puisse dire est que les politiques menées par les précédents ministres n'ont pas donné des résultats patents ! La lutte contre les déserts médicaux doit être une lutte pour revivifier les territoires. Agnès Buzyn devra aller dans le concret et éviter d'énièmes mesures vagues qui nécessiteraient de nouvelles expérimentations. Par exemple, prenons la décision de former vraiment les étudiants dans les territoires avec des stages libéraux. Faute de quoi, dans dix ans, la situation n’aura pas évolué.
Il faut aussi des moyens pérennes pour que les regroupements de professionnels puissent s'opérer de manière efficace sans forcément passer par la norme unique de la maison de santé pluridisciplinaire. Cela suppose une politique de construction de projets de santé, en utilisant les nouvelles technologies comme outils de décloisonnement de l’exercice. Nous devons en finir avec l’organisation en silo du système de santé et trouver des réponses locales qui associent tous les acteurs – publics, privés, salariés.
Cela existe : dans certains territoires des Deux-Sèvres, l’hôpital, les cliniques privées et les médecins libéraux construisent ensemble une réponse concertée et complémentaire.
Les vaccins de la petite enfance seront rendus obligatoires l’année prochaine. Est-ce la bonne méthode pour lutter contre la défiance ?
Il y aura toujours des contradicteurs mais la responsabilité de l’État, c’est la protection des populations. Cette mesure manifeste très clairement la confiance que le monde de la santé et les pouvoirs publics ont dans le vaccin. Pour ma part, je suis toujours atterré d’entendre des médecins les mettre en doute ! Nous serons aux côtés de la ministre de la Santé pour accompagner cette mesure.
Que pensez-vous de la révolution de la prévention promise par le gouvernement ?
J’ai toujours un doute sur ses modalités de mise en œuvre. La politique ne peut pas se résumer à un service sanitaire de trois mois pour les internes. La prévention demande une vraie réflexion et une adhésion puissante de l’ensemble des acteurs. Il faut se fixer des objectifs précis mais aussi restaurer les services de médecine scolaire et de santé au travail.
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