Responsable syndical (FO) au CH de Laval (Mayenne), Maxime Lebigot, infirmier en cardiologie, a fondé en 2016 l’Association de citoyens contre les déserts médicaux (ACCDM), qui a tenu samedi sa première réunion publique post-Covid. Il réclame une régulation à l'installation des médecins libéraux sous la forme d'un « conventionnement adapté » dans les zones suffisamment dotées. Et un plan d'attractivité pour tous les métiers de la santé.
LE QUOTIDIEN : Votre association a organisé samedi 6 novembre une réunion publique à La Ferté-Bernard, dans la Sarthe. Pourquoi ?
MAXIME LEBIGOT : Il s'agit d'une première réunion publique organisée depuis le Covid. Elle a réuni 200 personnes, très inquiètes de la difficulté croissante à trouver des personnels de santé – médecins et paramédicaux – dans leur territoire. Quelques jours avant cette rencontre, la situation fragile du centre de santé municipal de la Ferté-Bernard a été évoquée. Son fonctionnement dépend de la bonne volonté des médecins qui ont plus de 67 ans ! Avec cette réunion, nous avons voulu alerter les Sarthois sur la désertification médicale qui gagne le département et présenter nos propositions, réalisables et justifiables.
Quelles sont les mesures urgentes à prendre immédiatement ?
Pour nous, la mesure phare est la mise en place d'un conventionnement adapté. En clair, dans les zones suffisamment dotées, tout nouveau praticien qui s'installe, jeune ou moins jeune, ne doit plus être conventionné. Cela viserait à le décourager à s'installer dans ce secteur puisque ses patients ne seraient pas remboursés. En revanche, dans ces mêmes territoires bien pourvus, lorsque la majorité des médecins exercent déjà en secteur II, l'installation resterait possible si le praticien accepte d'être conventionné en secteur I pour rendre service aux patients. Il s'agit là d'un outil supplémentaire pour mieux réguler et répartir l'accès aux médecins et c'est urgent. Aujourd'hui, neuf millions de Français n'ont pas de médecin traitant. Et la suppression du numerus clausus ne va pas régler la question de la répartition des praticiens sur le territoire national.
L'association propose parallèlement de demander au jeune médecin une « redevance » de travail transitoire à la fin de ses études, et dans sa région d’origine, dont la durée est à définir. Nous souhaitons aussi limiter la durée du remplacement. Et tous les trois ans, ces praticiens remplaçants devront suivre une formation pour la mise à jour de leurs connaissances.
Nous défendons par ailleurs les délégations de tâches protocolisées avec un soutien financier massif pour développer, par exemple, les infirmiers en pratique avancée pour libérer du temps médical.
Au-delà de ces mesures urgentes, il faut un plan d'attractivité pour tous les métiers de la santé. La désertification médicale ne touche pas que la médecine de ville. Elle frappe de plein fouet l’hôpital public. Les soignants, sous-payés et harassés de travail, désertent les services. Des urgences comme celle de Laval sont obligées de fermer la nuit faute de médecins ! Le Ségur de la santé de 2020 n’a rien réglé. Augmenter la rémunération est un élément de l'attractivité mais il faut aussi penser aux conditions de travail.
En mai dernier, vous avez déposé un recours en Conseil d'État contre le gouvernement sur les déserts médicaux. Où en est cette procédure ?
C'est en cours. Le gouvernement a présenté son mémoire de défense expliquant que sa politique de santé visant à réduire les inégalités d'accès aux soins porte ses fruits. Avec notre avocate, Me Corinne Lepage, nous avons rédigé un mémoire de réplique revenant sur la dernière étude présentée par l'Association des maires ruraux de France. Celle-ci alerte sur une espérance de vie réduite dans les zones sous-dotées par rapport à d'autres territoires.
Désormais, nous attendons que le Conseil d'État enjoigne le gouvernement à prendre des mesures efficaces contre les déserts médicaux. Nous espérons avoir une réponse avant l'élection présidentielle. En attendant, l'Association va se joindre à la mobilisation pour la défense de l'hôpital public et du système de santé du 4 décembre à Paris.
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