Sadia Ghulam (ARS Île-de-France) : « Nous soutenons des projets qui ne pourraient pas voir le jour sans cet appui » 

Publié le 08/10/2026

Face aux tensions immobilières, l’ARS et l’URPS Médecins libéraux Île-de-France ont mis en place un dispositif d’accompagnement des projets d’exercice regroupé. Son annexe 7 prévoit des aides au financement de projets de maisons de santé pluriprofessionnelles et cabinets de groupe. Entretien avec Sadia Ghulam, responsable du département Organisation des soins de ville à la direction de l’offre de soins de l’ARS Île-de-France. 

Sadia Ghulam

Sadia Ghulam
Crédit photo : DR

Le Quotidien : Pourquoi l’immobilier est-il devenu un enjeu aussi déterminant pour l’installation et le maintien des médecins libéraux en Île-de-France ?

Sadia Ghulam : L'aide publique sécurise les plans de financement, facilite l'accès au crédit et permet aux professionnels de concilier deux objectifs : disposer de locaux adaptés tout en maîtrisant les charges supportées. La région est confrontée à une forte pression foncière et immobilière, avec des coûts d'acquisition et des loyers très élevés. L'investissement initial peut représenter un obstacle majeur pour de nombreux médecins, notamment lorsqu'ils souhaitent exercer en groupe ou dans une structure pluriprofessionnelle. L'évaluation du dispositif mis en œuvre entre 2017 et 2022 a démontré que cette aide répondait à des besoins réels. Plus de 239 structures ont ainsi été soutenues sur cette période pour un montant global de 46,7 millions d’euros. C'est précisément parce que les besoins demeurent importants et que l'évaluation a démontré l'utilité du dispositif que l'ARS Île-de-France et l'URPS Médecins libéraux l’ont reconduite, en renforçant son cadre d'intervention et en portant son enveloppe à 55 millions d'euros.

Pour quels projets l’aide est-elle possible et comment agit-elle sur la gestion de la structure ? 

Cette subvention agit comme un levier d'investissement. Elle permet de financer une partie des dépenses immobilières liées à la création, l'extension ou la rénovation de cabinets de groupe et de maisons de santé pluriprofessionnelles. En réduisant le coût global de l'opération, elle contribue à diminuer le niveau des loyers supportés par les professionnels. La baisse du coût locatif est estimée entre 24 et 26 % en moyenne, selon les périodes étudiées. Près de 80 % des porteurs de projets considèrent d'ailleurs que la subvention a été déterminante dans leur décision d’investir, et plus d'un tiers indiquent qu'ils auraient abandonné leur projet sans cet accompagnement financier. 

Entre juin 2023 et octobre 2025, 102 projets ont été financés, pour 24,7 millions d’euros de subventions, soit une aide moyenne de 242 115 euros par projet. Que traduisent ces chiffres ? 

Ces résultats encourageants s'inscrivent dans la continuité de la programmation précédente tout en traduisant une montée en maturité du dispositif. Depuis 2023, les critères d'intervention ont été clarifiés, un règlement d'intervention a été formalisé et les modalités de priorisation ont été renforcées pour mieux cibler les territoires où les besoins sont les plus importants. Au-delà du nombre de structures accompagnées, l'évaluation constate la qualité des projets en termes d’attractivité, la meilleure adaptation des locaux aux pratiques actuelles et une meilleure capacité à stabiliser les équipes de soins sur le long terme.

L'aide bénéficie-t-elle aux territoires qui en ont le plus besoin ? 

Oui, c'est même l'un des principaux enseignements de l'évaluation. Entre 2023 et 2025, 73 % des projets financés étaient situés en zones d'intervention prioritaire (ZIP et ZIP+). Cette orientation s'inscrit dans la continuité de la période 2017-2022, sur laquelle 81 % des projets soutenus étaient localisés dans des territoires prioritaires.

Quelles priorités restent à atteindre pour 2027 ? 

Les locaux financés sont aussi un moyen au service d'une politique plus large d'amélioration de l'accès aux soins et de transformation de l'exercice médical : le regroupement des professionnels, le développement de l'exercice coordonné, le travail pluriprofessionnel et les conditions d'accueil plus adaptées pour les étudiants, les internes, les docteurs juniors et les nouveaux installés. Certaines de ces dimensions ont d'ailleurs été intégrées aux critères de priorisation du dispositif dès 2023. Les résultats les plus significatifs observés à ce stade concernent l'amélioration des conditions d'exercice, la stabilisation des équipes et l'attractivité accrue des structures de soins. D'ici à 2027, l'enjeu sera de poursuivre cette dynamique en ciblant davantage les territoires les plus fragiles, en facilitant l'installation de nouveaux professionnels et en consolidant les organisations de soins coordonnées de proximité. 

Comment un médecin ou un groupe de professionnels doit-il procéder pour solliciter cette aide ? 

Il n’existe pas de cadre unique. Généralement, les professionnels de santé se rapprochent de l’URPS Médecins libéraux pour échanger sur leur projet. Après une première analyse, elle peut les accompagner dans l’adaptation du projet afin qu’il réponde au cadre du protocole ou les orienter vers d’autres dispositifs.

Propos recueillis par Amandine Benoit

Source : lequotidiendumedecin.fr