En cette épidémie de coronavirus, les cabinets de médecine générale enregistrent en moyenne « 50 % d'activité en moins », selon le syndicat MG France. En cause, des patients qui désertent les cabinets par peur, et en particulier les patients souffrant de maladies chroniques. Ces comportements inquiètent les organisations de médecins, et MG France, qui tenait une conférence de presse en visio ce jeudi matin, déplore une communication « contradictoire » des autorités. « Les messages du gouvernement ont été contradictoires voire inadaptés, confie le président du syndicat Dr Jacques Battistoni. Les autorités sont parties du principe que nous serions débordés car ils ont une vision centrée sur l'hôpital. Ils ont assoupli la téléconsultation, autorisé les renouvellements en pharmacie pour éviter que les patients se rendent dans les cabinets de ville... Or les médecins généralistes étaient prêts à affronter cette épidémie », ajoute-t-il.
Des centres Covid en Touraine et dans l'Allier
Pour prouver que les médecins généralistes se sont organisés sur le terrain pour accueillir les patients Covid mais aussi les autres patients, MG France a donné la parole à trois de ses membres. Le Dr Alice Perrain, généraliste à La-Croix-en-Touraine et présidente de la CPTS locale, raconte que « très tôt, les généralistes ont identifié des difficultés à organiser leur cabinet, souvent par manque de place dans leurs locaux ». Des centres Covid ont ainsi été installés pour réserver les cabinets de médecine générale aux autres patients et notamment au suivi des pathologies chroniques de façon sécurisée. « Faute de matériel de protection suffisant pour tous les cabinets, nous avons réservé les équipements aux médecins et infirmières intervenant dans les unités Covid », précise le Dr Perrain. Les centres Covid bénéficient d'un lien privilégié avec un infectiologue du CHU, le laboratoire de biologie, les pharmacies et le 15.
Dans l'Allier, trois centres covid ont ouvert leurs portes dans le département, à Vichy, Moulins et Montluçon et à l'initiative des médecins libéraux. Dans les MSP du département, les patients suspects sont reçus en fin de journée ou en visite à domicile avec possibilité de renvoyer sur les centres Covid, a expliqué le Dr Isabelle Domenech-Bonet. Les cabinets restent ainsi ouverts aux autres patients qui ne consultent pas pour le Covid.
Organisation spécifique pour les patients précaires à Paris 18
Enfin, dans le 18e arrondissement de Paris, le Dr Agnès Giannotti et ses confrères libéraux se sont aussi organisés. Dans ce quartier populaire, où beaucoup de patients précaires ou SDF sont pris en charge, deux MSP font office de centres Covid avec un roulement de praticiens appartenant à la Communauté professionnelle territoriale de santé (CPTS). Mais les problématiques de fracture numérique, de frein à la compréhension, de santé mentale ou encore d'hébergement précaires ont dû être prises en compte. « Le cabinet médical est un repère pour ces populations et beaucoup ne peuvent pas se déplacer dans un autre lieu de soins que celui qu'ils fréquentent habituellement », a expliqué le Dr Giannotti.
Des aménagements ont ainsi été apportés pour pouvoir accueillir des patients Covid et non Covid dans les cabinets. « Les consultations de suivi ont aussi dû être adaptées, avec une éducation thérapeutique spécifique », ajoute aussi la généraliste. Une plateforme avec un numéro de téléphone et une cartographie a été créée pour répertorier l'offre de soins et les cabinets recevant de nouveaux patients. Les médecins ont également mis en place un dispositif de soutien aux patients avec des mises à l’abri et une poursuite des soins malgré les interruptions de droits.
Le ministère donne (enfin) des directives pour les soins non Covid en ville
Avec ces trois exemples d'organisation à l'initiative des professionnels, MG France souhaite montrer aux autorités que les généralistes n'ont pas attendu les directives du ministère ou des Agences régionales de santé (ARS) pour sécuriser la prise en charge des pathologies hors Covid en ville. Mercredi soir, la direction générale de la santé (DGS) a lancé une alerte sur son canal DGS-urgent.sante.gouv.fr pour « apporter des orientations générales concernant le maintien du suivi et de la prise en charge des soins hors COVID dans un contexte de confinement et de mobilisation des professionnels de santé pour des prises en charge de personnes atteintes du COVID ». Selon MG France, le timing est un peu tardif. Le syndicat avait en effet alerté les pouvoirs publics dès le 26 mars sur les conséquences délétères de la communication du gouvernement, qui avait incité la population à ne se rendre au cabinet médical que pour des soins urgents. « Il était nécessaire de rectifier et de communiquer sur l'organisation des soins de ville, nous finissons par être entendus, mais que de temps gâché ! », a déploré le Dr Jacques Battistoni.
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