Le ton est à la rigolade alors que les constats et les enjeux, eux, le sont beaucoup moins. « Médecin généraliste, c’est un métier génial mais il va falloir se bagarrer pour l’exercer comme vous rêvez de le faire », prévient le Dr Jean-Paul Hamon, membre de la commission sur la médecine générale de l’URPS francilienne, lors d’une table ronde du dernier CMGF consacrée aux leviers à l’installation en Île-de-France. Une chose est sûre, la région ne manque pas d’arguments.
Il faut dire que la situation s’est largement dégradée. En dix ans, l’Île-de-France a perdu 825 généralistes. « C’est difficile à dire mais nous sommes dans un désert médical : nous avons des zones sous-denses à Paris et nous avons besoin de nouveaux médecins pour s’y installer », appuie à son tour le Dr Richard Handschuh, également co-coordonnateur à l’URPS, comme le Dr Hamon.
La 4A, une chance
Alors que la régulation à l’installation est plébiscitée au Parlement, sur le terrain, c’est la mise en œuvre de la réforme de la quatrième année qui est très attendue par les médecins. « On ne se concentrerait plus sur les compétences médicales pendant cette dernière année mais sur la découverte des modes d’exercices, on pourrait apprendre la déontologie, les règles juridiques, fiscales, les acteurs à qui on peut s’adresser, les aides financières dont on peut bénéficier… Nous pourrions faire plus de coordination de soins et ça, ça peut être un vrai levier à l’installation ! », assure Maïssa Boukerrou, présidente du syndicat représentatif parisien des internes de médecine générale (SRP-IMG).
Car à l’heure actuelle, la découverte des territoires pendant les stages est encore peu encouragée, notamment pour des raisons purement matérielles. « Si on a une bonne expérience en stage, on a plus de chances de vouloir s’installer mais il faut assurer cette logistique. Or, nous n’avons pas d’internat en Île-de-France. Quant aux transports, l’indemnité de 130 euros brut par mois ne permet pas de rembourser l’essence quand on fait 80 km par jour », explique l’interne.
Dérouler le tapis rouge
« L’Île-de-France est grande : on ne peut pas faire deux heures de transport pour venir travailler. C’est indispensable que les logements et transports soient facilités, assure le Dr Hamon. Il faut vous dérouler le tapis rouge. Si on fait découvrir la médecine de premier recours dans de bonnes conditions, les jeunes s’installent ! » Le médecin de Clamart va même plus loin : « Dans un contexte de désertification, où les internes se suicident, je ne trouve pas choquant de doubler leur salaire. Si on impose cette dixième année de formation, il faut savoir ce que l’on veut. »
D’après l’URPS francilienne, ce qui semble plutôt fonctionner, ce n’est pas tant les incitations financières que l’accompagnement à l’installation. Du parrainage, des séminaires, des journées et des soirées de rencontres et de formations, entre internes en médecine, jeunes médecins généralistes et médecins libéraux : ce sont autant d’événements organisés toute l’année par l’union régionale. « Les jeunes médecins sont inquiets, on le voit, beaucoup d’aspects leur font peur parce qu’ils ne connaissent pas les outils à disposition, résume David Bresson, délégué aux actions territoriales à l’URPS. C’est important de dédramatiser sur ce qu’est l’installation. »
Depuis janvier 2025, l’URPS a accompagné 170 porteurs de projets. « On définit les besoins immobiliers, on effectue les démarches auprès des élus, on trouve les locaux, on dépose les demandes de subventions, on trouve un architecte, un comptable, un juriste… Bref, on les aide à piloter leurs prestataires pendant deux ou trois ans. » Des permanences mensuelles sont aussi instaurées pour que chaque jeune médecin bénéficie d’un entretien de 40 minutes auprès de médecins, élus locaux, représentants de l’ARS, de l’Ordre, de l’Assurance-maladie, etc. « On reçoit entre 200 et 300 médecins par an et parmi eux, 85 % s’installent, souligne David Bresson. Cela veut dire que si on explique, qu’on répond à leurs questions, il y a plus de quatre chances sur cinq que l’installation se concrétise. C’est plus efficace que les aides financières. »
Une équipe sympa, plus important qu’un « gros chèque »
Reste que la région doit tout de même s’investir dans cette politique d’accompagnement des jeunes médecins. En Île-de-France, l’aide immobilière peut atteindre 30 % du coût du projet d’installation, dans la limite de 250 000 euros. Quant à l’ARS, entre 150 et 450 millions d’euros sont versés en fonction du zonage. « À Champigny-sur-Marne (Val-de-Marne), une charte promoteur a été signée pour qu’il y ait des rez-de-chaussée d’immeuble dédiés aux professionnels de santé, en cas de nouvelles constructions. Là aussi, c’est décisif », poursuit David Bresson. D’après le SRP-IMG, le département des Yvelines met également des logements gratuits à disposition des internes à Versailles pendant leur stage. Autant de « petites » actions qui font la différence. « L’accompagnement est beaucoup plus décisif sur le choix d’implantation : trouver une équipe sympa, des locaux bien conçus, une bonne dynamique… C’est plus important que d’avoir un gros chèque », constate David Bresson. Le chemin est encore long mais est certainement sur la bonne voie.
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