La moitié des médecins de la MSP sont infectés
« Dans ma maison de santé, quatre généralistes sur huit ont été testés positifs au Covid-19 le week-end du 14 au 15 mars. Une interne et une secrétaire sont également contaminées. Je me retrouve donc mis en quarantaine à mon domicile. Un des médecins et son interne ont commencé à présenter des signes de fatigue la semaine qui a précédé. L’interne a fait un test et est revenue positive. Pour ma part, j’ai présenté des signes à partir du samedi matin. J’ai de la chance car je ne tousse pas. J’ai des accès de fièvre de fatigue, des signes digestifs, je suis courbaturé et j’ai des picotements cutanés comme un tee-shirt sur un coup de soleil. Après avoir essuyé un premier refus de test en appelant le 15 le dimanche, j’ai finalement été convoqué à Strasbourg le lendemain avec un autre confrère pour un dépistage. Sans surprise, le résultat a été positif. Je pense que la propagation du virus au sein de la MSP peut s’expliquer par une réunion entre confrères organisée la semaine précédente. Mais rien n’est sûr.
Manque de considération Le nombre de cas suspects parmi nos patients nous a amenés à réorganiser l’activité de la maison de santé. Nous avons eu la chance de trouver immédiatement des remplaçants mais beaucoup de choses sont désormais réalisées par téléphone. Nous avons réduit les horaires d’accueil et limité les visites à domicile. Nous invitons les patients présentant des symptômes à attendre dehors pour ne pas contaminer la salle d’attente. Par chance, pour l’instant, il fait beau. Je regrette toutefois les retards dans la distribution des masques, tout comme les trois jours de carence appliqués pour les médecins infectés en arrêt maladie, cela montre un certain manque de considération pour notre profession. C’est d’ailleurs sans succès que j’ai essayé de contacter à plusieurs reprises le numéro de l’Assurance maladie pour demander mes indemnités journalières. J’ai attendu jusqu’à une heure et demie au téléphone. Soit c’est inquiétant car cela veut dire que trop de professionnels de santé appellent, soit le service ne suit pas. On nous présente désormais comme des chevaliers, il serait bien que tout cela suive. Pour ma part, après quelques jours très difficiles le week-end dernier, avec de forts accès de fièvre et une grande fatigue, je vois une amélioration. Je ne pense toutefois pas pouvoir reprendre le travail avant la semaine prochaine, mes confrères contaminés n’ont pas repris non plus. Mais je ne m’inquiète pas, la MSP a trouvé un rythme de croisière grâce à la mobilisation des remplaçants. »
Dr S., 53 ans, généraliste dans une MSP du Bas-Rhin et positif au Covid-19. Le généraliste a souhaité garder l’anonymat pour « éviter les mouvements de méfiance » vis-à-vis de sa maison de santé.
Nous avons ouvert une MMG pendant la journée pour les patients atteints du Covid-19
« En tant que remplaçant, c’est compliqué de trouver sa place. Nous avons envie d’aider et entendons qu’il y a besoin de renforts au centre 15, à la régulation. J’ai donc envoyé un mail pour me proposer mais on m’a dit qu’il y avait déjà trop de monde. J’étais de garde il y a deux semaines dans une maison médicale de garde (MMG) et je me suis dit que c’était ce qu’il fallait faire : ouvrir des MMG la journée. J’ai tenté de contacter l’Ordre et l’ARS sans succès, je me suis finalement mise en relation avec le Dr Pascal Dureau, très actif au sein de l’URPS Auvergne Rhône-Alpes (Aura).
Remplaçants motivés Tout a été très vite et en 48 heures, nous ouvrions une MMG à Lyon en journée. Elle est régulée par le 15 et dédiée à la consultation des patients suspectés d’être atteints de Covid-19. Une trentaine de médecins remplaçants sont sur le tour de garde et une trentaine d’autres se sont proposés. Énormément de remplaçants étaient motivés et dans le même état d’esprit que moi. Nous étions même prêts à nous engager sous forme de bénévolat si besoin mais ce n’était pas possible pour des questions d’assurance notamment. Pour les remplaçants qui travaillent dans cette MMG ont été mis en place des contrats de médecins adjoints ou assistants, ce qui leur permet de travailler en même temps que le médecin qui est remplacé. La principale difficulté a été de trouver des médecins installés qui acceptent d’être remplacés sous ces modalités-là. En tant que remplaçants, nous aurons aussi un rôle à jouer pour prendre le relais des installés infectés qui vont devoir faire un pas de côté. »
Dr Agathe Pesci, généraliste remplaçante dans le Rhône
La mairie nous a aidés à mettre en place une filière infectieuse
« Avec les deux confrères de mon cabinet, nous avons contacté la municipalité, qui a été très réactive pour nous aider à mettre en place une filière infectieuse, pour que les gens ne soient pas tous confinés dans la salle d’attente. Elle a mis à notre disposition une salle communale attenante au cabinet et nous a aidés pour installer la nouvelle signalétique, imprimer des affiches. Nous avons mis en place la téléconsultation pour les patients fragiles et pour la réévaluation à J+7 des cas de Covid-19. Nous n’avions pas de webcams sur nos ordinateurs et les sites marchands étaient fermés, donc le conseil municipal nous a trouvé trois webcams.
La salle commune sert pour les patients infectieux. Nous leur demandons de se laver les mains avec du savon hydroalcoolique et de se mettre un masque sur le visage. Ils nous attendent et ce sont les médecins qui vont les chercher à l’extérieur, ouvrent toutes les portes, les amènent dans le cabinet.
Priorités Au cabinet, nous recevons les nourrissons lors du premier rendez-vous, juste après le passage du personnel de ménage. On continue aussi de prendre en charge les suivis de grossesse ou de certaines plaies. On tente de reporter tout ce qui doit l’être ou de passer par la téléconsultation. Notamment pour le pic des allergies qui arrivent, avec des patients que nous n’avons pas vus depuis un an. Idem pour les gens qui souffrent de troubles anxieux ou de dépression, qui ont plus que jamais besoin de nous parce qu’ils se retrouvent seuls, il ne faut pas qu’ils décompensent. Nous sommes aussi en train de reconstituer un réseau avec les spécialistes du secteur dans le but de continuer à adresser nos patients pour des urgences hors Covid-19.
Nous avons également donné des conseils pour organiser les commerces du village : un bureau de tabac, une boulangerie et une supérette. Les commerçants étaient dépassés et c’est normal. La supérette ne peut pas accueillir plus de quatre clients simultanément et on met des croix sur le sol pour espacer les patients aux caisses. Dans la boulangerie ou le bar-tabac, c’est deux clients maximum et si la file à l’extérieur n’est pas disciplinée, nous leur avons donné pour conseil de dessiner des ronds à la craie sur le sol pour garantir un bon espacement. »
Dr Thomas Pipard, généraliste en cabinet de groupe à Millery (Rhône)
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