QUATRE suicides en quinze jours parmi des agents du CHRU de Lille : depuis le début de l’année, le personnel hospitalier est confronté à une situation très éprouvante. Ces drames sont intervenus coup sur coup. Entre le 8 et le 17 janvier, trois agents du service de neurochirurgie se sont donné la mort : un agent d’entretien âgé de 34 ans et père de trois enfants et deux aides-soignantes de 27 ans. Le quatrième travaillait au service de gériatrique des Bâteliers, dans le Vieux Lille. Il s’est donné la mort dimanche alors qu’il était en congé.
Cette vague de suicides chez des agents hospitaliers suscite une vive émotion parmi le personnel. Une cellule de crise a été mise en place avec la médecine du travail et des psychologues du service du personnel pour assurer leur accompagnement.
« Il faut soutenir les équipes pour qu’elles ne doutent pas de leur mission. Même si le lien entre ces drames et l’activité professionnelle n’est pas établi, ces décès posent forcément question et il va falloir regarder si des signaux ont été lancés et s’interroger sur nos dispositifs de prévention », insiste Annie Podeur, directrice générale de l’offre de soins au ministère, dépêchée sur les lieux à la demande de Xavier Bertrand, ministre du travail et de la Santé. Deux inspecteurs de l’IGAS sont attendus au CHR, pour tenter de comprendre ce qui s’est passé et se mettre à l’écoute de la communauté hospitalière.
Si la direction de l’établissement lillois souligne des problématiques personnelles pour au moins deux des agents, elle reconnaît la difficulté de repérer les situations de crise : « Parmi les 14 000 agents du CHR, il existe beaucoup de personnes isolées ou qui ont du mal à communiquer quand elles sont en état de souffrance. Ces situations ne sont pas toujours faciles à identifier », explique Morice Yvonnick, directeur général.
Une problématique complexe.
Selon le syndicat FO Santé, « la pression constante mise sur les salariés, avec des objectifs impossibles à remplir, n’est pas étrangère à ces drames. Les grands centres hospitaliers sont des lieux où les agents sont anonymes et où l’on ne s’intéresse pas à eux ».
« La problématique du suicide est toujours complexe. Elle résulte d’un cumul de facteurs liés à l’environnement de travail, aux relations avec le personnel de service et à des facteurs plus personnels. Les personnes en situation de fragilité en arrivent à ce geste, sous la pression de tous ces facteurs, estime le Dr François Ducrocq, chef de service aux urgences psychiatriques du CHRU. Parmi les quatre agents, deux se connaissaient bien, ce qui a pu servir de facteur précipitant. Pour éviter de tels drames, il faut tenter de mieux repérer la dépression sur le lieu de travail. Malgré des souffrances personnelles, ces salariés n’avaient donné aucun signe d’alerte. Psychologiquement le travail reste très investi par les salariés. Lorsqu’ils sont dépressifs, ils s’adossent à son côté structurant, y mettant toute l’énergie dont ils disposent encore. Le repérage de leurs difficultés personnelles est alors très délicat. Il faut lutter contre la culture du secret et être plus attentif aux plaintes des salariés. »
Le directeur de l’Agence Régionale de Santé, Daniel Lenoir, a annoncé dans cette optique la création prochaine d’un observatoire des risques socioprofessionnels, visant à échanger sur les bonnes pratiques et éviter que les tensions au travail ne mènent à de tels drames. « Il faut réfléchir à la prévention que nous pouvons mettre en place. Les situations de mal-être sont difficiles à déceler. Parfois, elles nous échappent. Nous devons en tirer des enseignements », a-t-il conclu.
Santé mentale des jeunes : du mieux pour le repérage mais de nouveaux facteurs de risque
Autisme : la musique serait neuroprotectrice chez les prématurés
Apnée du sommeil de l’enfant : faut-il réélargir les indications de l’adénotonsillectomie ?
Endométriose : le ministère de la Santé annonce une extension de l’Endotest et un projet pilote pour la prévention