Le temps passé par les jeunes enfants devant un écran, supérieur aux recommandations, augmente régulièrement entre 2 ans et 5 ans et demi, rapporte une étude publiée dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) de Santé publique France (SPF). Tirées de la cohorte Elfe, ces données soulignent la « nécessité d’une prévention précoce », estiment les auteurs.
L’analyse a porté sur 12 558 participants avec des informations complètes sur les temps d’écran à au moins une des enquêtes à 2 ans (n = 11 810), 3,5 ans (n = 11 291) ou 5,5 ans (n = 10 724). Le temps d’écran moyen était de 56 minutes à 2 ans, 1 h 20 à 3 ans et demi et 1 h 34 à 5 ans et demi. La télévision est l’écran principal mais son usage diminue avec l’âge : le temps de télévision était de 86 % (48 minutes) à 2 ans, 73 % (58 minutes) à 3,5 ans et 64 % (1 h 00) à 5,5 ans. « À 5,5 ans, le temps total d’écran comprenait en moyenne 17 minutes de tablette, 7 minutes de jeux vidéo sur console, 6 minutes de smartphone et 5 minutes d’ordinateur par jour, en plus de l’heure de télévision », est-il détaillé.
Des excès malgré les « effets délétères »
Ces temps d’écran apparaissent bien supérieurs aux recommandations. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) et l’Académie américaine de pédiatrie déconseillent l’exposition des enfants de moins de 2 ans aux écrans, puis préconisent de limiter le temps à 1 heure par jour entre 2 et 5 ans. « En France, la limite d’âge "sans écran" a tendance à être fixée à 3 ans, sous l’impulsion des balises "3-6-9-12" proposées en 2008 par le Dr Serge Tisseron », est-il rappelé. Mais SPF (par l’intermédiaire du Plan national nutrition santé) et l’Agence nationale de sécurité sanitaire alimentaire nationale (Anses) fixent l’âge limite à 2 ans.
En pratique, la recommandation « pas d’écran » à 2 ans n’a été suivie que par 13,7 % des participants et celle limitant l’usage à une heure par jour n’a été tenue que par 49,7 % des participants de 3,5 ans et 39 % des 5,5 ans. Le seuil des quatre heures par jour a par ailleurs été dépassé par 1,9 %, 3,6 % et 4,7 % des enfants, respectivement.
La littérature a pourtant mis en évidence les « effets délétères » de l’usage d’écran à ces âges : risque accru de surpoids et d’obésité, mais aussi difficultés dans le développement du langage et du développement cognitif. L’accent est également mis sur l’importance des contenus visionnés et le contexte : « Les programmes éducatifs conçus spécifiquement pour les enfants, ainsi que le fait de discuter avec les parents de ce qui a été visionné peuvent avoir en effet un impact bénéfique pour le développement du langage », rappellent les auteurs.
Pour une prévention ciblée
Plusieurs facteurs influencent le temps d’écran des jeunes enfants. Le lieu de résidence en est un : le temps d’écran est plus faible en Bretagne (47 minutes, 1 h 08 et 1 h 19 respectivement à 2, 3,5 et 5,5 ans) et plus élevé dans les Hauts-de-France (1 h 04, 1 h 24 et 1 h 43, respectivement). L’histoire migratoire, l’origine migratoire et le niveau d’études de la mère ont également un impact. Le temps d’écran est par exemple supérieur d’environ 30 minutes chez les enfants ayant trois ou quatre grands-parents nés à l’étranger par rapport à ceux ayant quatre grands-parents nés en France. Quand la mère est née au Maghreb, en Turquie ou en Afrique subsaharienne, l’enfant passe en moyenne 30 à 50 minutes (selon l’âge) de plus devant des écrans que ceux dont la mère est née en France.
Concernant le niveau d’études de la mère, « un gradient net est aussi observé : les enfants dont la mère a un niveau collège passent 45 minutes (à 2 ans) à 1 h 15 (à 5,5 ans) de plus devant des écrans que les enfants dont la mère a un niveau d’études supérieur ou égal à bac +5 », est-il relevé. Par ailleurs, si aucune différence n’est observée en termes de genre à 2 ans, un léger écart apparaît aux âges ultérieurs, avec 10 minutes de plus chez les garçons à 5,5 ans.
Ces premières données nationales, qui mettent en évidence des différences selon la région de résidence, le statut social et l’histoire migratoire, donnent des pistes pour une politique de prévention, cette description se révélant utile pour « mieux cibler les familles et les contextes où ce temps excède les recommandations », jugent les auteurs.
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